Trouble du comportement alimentaire

8 idées reçues à propos des troubles du comportement alimentaire

Les troubles du comportement alimentaire, tout le monde en a déjà entendu vaguement parler : à mots couverts, mots chuchotés, mots tabous et points de suspension ; à mots-insultes, mots clichés, dont on ne mesure pas la portée. Cette fille au lycée qui a fondu rapidement sans que personne ne sache pourquoi, læ conjoint·e qui se lève la nuit pour vider le frigo, l’ami·e devenu·e petit à petit toujours plus obsédé·e par le choix des aliments jusqu’à ne plus pouvoir partager un repas, les reportages-chocs que l’on regarde mi-fasciné mi-compatissant, devant des corps hors-normes et des parcours chaotiques… Les troubles alimentaires sont à la fois partout et nulle part : partout parce que les personnes qui en souffrent à un moment ou un autre de leur vie ne sont pas rares, et nulle part tant les idées reçues ont la vie dure, même parmi les proches de concerné·es (et même parmi les médecins!)

« troubles du comportement alimentaire = anorexie »

Les troubles du comportement alimentaire ou TCA, keskecé ?

Il s’agit d’un terme générique pour désigner tout rapport à l’alimentation perturbé, qui s’éloigne des pratiques alimentaires habituelles mais surtout qui a des répercussions négatives graves sur la santé physique et mentale de l’individu, ainsi que sur sa vie sociale. L’anorexie mentale est caractérisée par une grande peur de grossir et/ou une besoin toujours plus grand de continuer à maigrir ; une forte réduction de la prise alimentaire peut se combiner à une recherche du contrôle et de la perfection dans d’autres domaines (études, sport…). C’est le trouble le plus « visible » et spectaculaire car il entraîne rapidement une perte de poids importante qui entraîne des séquelles graves sur la santé globale et un risque vital élevé. Mais ce n’est pas le seul TCA ni le plus répandu. La boulimie se vit sous forme de « crises » : consommation compulsive et anormalement élevée de nourriture sur un court laps de temps, suivie d’un « comportement compensatoire » visant à éliminer la nourriture, limiter la prise de poids ou se punir/se « racheter » (vomissement provoqués, pratique sportive intense, prise de laxatifs et diurétiques, jeûne et restrictions). Les personnes boulimiques, marquées par un sentiment de honte, peuvent vivre leur maladie dans le secret pendant de longues années, cachant leurs crises et tentant par tous moyens de maintenir un poids stable. Les frontières entre anorexie et boulimie ne sont pas forcément nettement définies, et le trouble peut parfois évoluer en syndrome de purge (dépendance au fait de se faire vomir, davantage qu’aux prises alimentaires), ce qui est une pratique dangereuse. L’hyperphagie boulimique ou binge eating disorder se caractérise aussi par des compulsions alimentaires irrépressibles et démesurées, sans que cela soit suivi d’un « comportement compensatoire », ce qui peut mener à une prise de poids importante et rapide, à un risque accru d’obésité, de diabète, de carences et autres complications. L’orthorexie est trouble nouvellement défini ces dernières années et qui ne fait pas consensus, dont l’existence est amplifiée par le contexte récent des scandales alimentaires et d’abondance d’informations contradictoires sur ce que serait une « bonne » alimentation. Mais attention, vouloir manger sain, avoir un œil sur l’origine de ses aliments, être vegan, ou suivre un régime sans gluten et sans lactose pour raison de santé, ce n’est pas automatiquement être orthorexique ! L’orthorexie est une maladie à mi-chemin entre l’anorexie et le trouble obsessionnel-compulsif, qui a un impact négatif conséquent sur la vie et le bien-être mental et physique de la personne touchée. 

Les troubles dans le domaine de l’alimentation sont nombreux (l’alimentation sélective, l’hyperphagie nocturne, la néophobie, etc.), et leur expression est différente d’une personne à une autre, peut évoluer, peut se combiner ou alterner avec d’autres… Beaucoup de troubles du comportement alimentaire sont liés à une image corporelle déformée, à une volonté de contrôler son poids et son apparence, à une mauvaise estime de soi ; mais pas que. Les « crises », comme un « shoot » de drogue qui procure un soulagement passager, répondent souvent à un sentiment de vide ou d’angoisse ; mais pas que. Il n’y a pas un seul schéma-type de TCA ; chaque personne, vécu, histoire est unique, ce qui rend ces troubles parfois difficiles à appréhender et à soigner. Seulement quelques troubles sont définis dans le DSM qui sert à la pose d’un diagnostic, et les critères sont précis et restreints ; cela ne veut pas dire qu’une personne qui déborde de ce cadre « officiel » du DSM ne peut pas, aussi, souffrir de son rapport à l’alimentation, et être légitime dans son besoin d’aide et d’accompagnement. 

« Elle est si maigre, une vraie anorexique ! »

Un des préjugés les plus courants est de faire un parallèle entre poids et trouble du comportement alimentaire. Or il n’y a pas d’équation automatique entre le poids, l’apparence, et le trouble dont on souffre. Une personne grosse peut être anorexique. Une personne maigre peut être boulimique ou hyperphagique. Et entre les deux, des personnes à la corpulence passe-partout souffrent de troubles du comportement alimentaire et ne sont pas détectées ou prises au sérieux. Certain·es connaîtront de fortes variations de poids, d’autres non. Des compulsions alimentaires entraînent souvent une prise de poids, et la restriction une perte de poids, mais ça ne veut pas dire que l’on peut savoir ce dont souffre la personne d’après sa taille de vêtements ou son IMC. Ce sont des préjugés dangereux pour la vie des personnes souffrant de TCA !

« L’anorexie, c’est avoir la volonté de se contrôler, tandis que la boulimie et l’hyperphagie, c’est du laisser-aller »

En fait, le contrôle est toujours un élément qui entre en compte dans un TCA… et d’autant plus dans le cercle vicieux des compulsions alimentaires ! La culpabilité ressentie lorsque l’on mange met l’esprit dans un état de famine (restriction cognitive) qui fonctionne de la même manière que la famine physiologique : tout signal de satiété est brouillé, le corps va juste chercher à rattraper ou anticiper un manque de nourriture. Ce sont des processus cognitifs de survie. Prendre du plaisir à manger est signe que le corps fonctionne bien ; brouiller ce fonctionnement avec une culpabilité, un contrôle, une restriction, risque juste de ralentir le métabolisme et d’augmenter le besoin de manger, et ce, quelle que soit la prise alimentaire réelle.

Si l’on peut en effet observer un sentiment apparent de fierté et supériorité notamment chez les personnes anorexiques ou orthorexiques, tandis que les personnes souffrant de compulsions alimentaires se sentent honteuses et ont une mauvaise estime d’elles-mêmes, il convient de combattre ces attitudes qui ne font qu’alimenter le trouble, et le déni de l’état de malade. Quant à l’idée de « volonté » : il est tout aussi difficile de se remettre à manger quand on est anorexique que de cesser les crises quand on est boulimique. Il s’agit d’une maladie. Certaines recherches en mesurent l’effet dans l’activité cérébrale et le formulent en termes d’addiction aussi puissante que l’addiction à une drogue dure (l’addiction au jeûne et à la perte de poids tout comme l’addiction à la nourriture). Ce sont des comportements adoptés face à un état de souffrance psychologiquement, comme seule solution disponible pour apaiser la souffrance ; pas des choix délibérés. 

Ce préjugé est ainsi extrêmement délétère, d’une part parce qu’il entretient une certaine glorification de l’anorexie, et d’autre part parce qu’il fait peser une honte et l’idée d’une « faute morale » sur les personnes en proie à des compulsions alimentaires, surtout les personnes qui prennent du poids (la grossophobie est partout). C’est, hélas, un préjugé aussi présent chez certains médecins et psychologues/psychiatres eux-mêmes, qui traitent de manière inégale leurs patient·es. Or, il n’y a pas de plus ou moins grande valeur morale à un trouble alimentaire. Ce sont des maladies. Les personnes touchées devraient être aidées, pas hiérarchisées en fonction de ce qu’elles ingèrent ou pas ou du nombre de kilos qu’elles prennent ou perdent. Continuer à parler de volonté et de contrôle est surtout le meilleur moyen pour surtout ne jamais sortir des TCA… vocabulaire à proscrire de toute urgence, donc !

« L’anorexie, ça ne concerne que les jeunes filles »

L’anorexie débute le plus souvent à l’adolescence, et très majoritairement chez des jeunes filles. On sait aussi que beaucoup d’adolescent·es peuvent vivre des épisodes de compulsion alimentaire, qui peuvent être mal vécus mais se règlent d’eux-même dès que la puberté, ses variations hormonales et son stress spécifique s’apaisent. Cependant, les troubles alimentaires quels qu’ils soient peuvent apparaître à tout âge, dès l’enfance, ou seulement à l’âge adulte voire à un âge avancé, et toucher les garçons aussi bien que les filles, en fait, les personnes de tous les genres. D’autres idées préconçues sur le « profil type » de l’anorexique (qui serait blanche, adolescente, classe sociale aisée, bonne élève) ont mené d’autres individus touchés à être invisibilisés, et pas bien diagnostiqués ni pris en charge.

S’il y a une majorité de personnes assignées filles à la naissance qui souffrent de TCA, pour des raisons sociétales, et que ces troubles apparaissent souvent à l’adolescence, il faut éviter de généraliser et il est impossible à l’heure actuelle de donner des estimations fiables, trop de personnes n’étant pas diagnostiquées ou gardant le secret sur leur condition. 

« Gâcher de la nourriture ? C’est un luxe, un caprice de riches ! »

Que l’on soit incapable d’ingérer de la nourriture ou en proie à des compulsions alimentaires, on entendra souvent que notre trouble est une conséquence de la société de consommation, que c’est un caprice d’enfant gâté, qu’il n’y a pas d’anorexie mentale en Afrique… C’est le même argument souvent avancé pour minimiser la dépression : on dira que celles et ceux qui doivent d’abord penser à leur survie et leur sécurité n’ont pas de problème de santé mentale – ce qui est une idée reçue tout autant fausse que dangereuse. Simplement, les personnes qui vivent dans une grande pauvreté ont moins la possibilité de prendre soin de leur santé mentale. 

En réalité, dans notre société occidentale, beaucoup de personnes souffrant de TCA vivent dans la précarité, ce qui rend leur situation encore plus délicate, puisque la maladie peut engendrer des surcoûts et entraver le maintien d’une vie sociale et professionnelle. Par ailleurs, les soins et suivis adaptés, depuis la possibilité de se nourrir comme cela nous convient jusqu’aux soutiens thérapeutiques divers, coûtent ; les justes informations, même, ne sont pas accessibles à tou·te·s. Bref, les TCA ne sont pas un caprice et le manque d’argent et de sécurité n’épargne pas les individus, mais aggrave leur situation. Si problème de société « de riches » (je dirais plutôt société inégalitaire) il y a, il est au niveau systémique et global, et certainement pas au niveau des individus qui se débattent comme ils peuvent dans ce système… 

Ce jugement culpabilisant vise juste à rendre la personne responsable de ses problèmes de santé, et lui faire honte. Non seulement c’est une idée fausse, mais en plus elle entretient la haine de soi et le refus de soin chez les personnes ayant des TCA.

« C’est la faute de la mère : fusionnelle / étouffante / stricte / absente / autre »

Les interprétations de la psychanalyse ont eu une grande influence sur la médecine française et continuent d’être bien ancrées dans les mentalités des psychologues, psychiatres, médecins, et tout un chacun. Et qui est particulièrement culpabilisé dans les théories psychanalytiques ? Eh oui, ce sont les mamans. Quel que soit le trouble, il y aura toujours une explication par ce qu’a fait ou pas fait la mère : les TCA ne font pas exception à la règle. 

Trop aimante ou pas assez, étouffante ou absente, grosse ou maigre, obsédée elle-même par son poids, décontractée ou permissive, la mère aura toujours tort. Il est temps de revenir sur cette idée reçue encore largement répandue chez les psychothérapeutes, et qui fait comme toujours peser la responsabilité de tout uniquement sur les femmes. Certes, les configurations familiales jouent souvent un rôle dans le développement de troubles du comportement alimentaire, et des thérapies familiales peuvent aider au dénouement de tensions et déséquilibres dans les relations ; certes, l’enfant peut copier le comportement des parents, ou au contraire se rebeller radicalement contre ; enfin, des composantes génétiques (terrain favorable) jouent dans le développement de tel ou tel trouble. Mais ce ne sont, de loin, pas les seuls facteurs qui contribuent à l’installation d’un TCA. Et parfois, ça n’a rien à voir avec la mère ! (ça a même vachement plus souvent à voir avec la domination masculine, d’ailleurs). 

« C’est la faute des magazines : toutes ces ados qui veulent ressembler aux mannequins ! »

Non, même si oui un peu. Il y a des facteurs aggravants et des déclencheurs qui peuvent être la pression à l’apparence, le besoin d’être apprécié·e et complimenté·e, les normes corporelles imposées (par exemple dans le milieu sportif, ou de la mode), l’exposition permanente à des images de corps irréalistes ; et ces facteurs-là doivent être, en effet, dénoncés, discutés, déconstruits, combattus. 

Mais les raisons sont bien souvent bien plus profondes, ancrées et complexes que ça, à la fois sociétales (sexisme, lgbti-phobie, validisme & psychophobie, grossophobie, racisme, classisme…, pression à la performance et à l’uniformité), familiales (maltraitances ou dysfonctionnements, manques ou trop-plein, hérédité,…), personnelles (profil psychologique, sensibilité, et accidents de vie, traumatismes, échecs, deuil, etc.). Les personnes concernées ressentent ce genre de jugement hâtif comme méprisant car il réduit leur trouble à ce qui semble être une quête superficielle. Le scénario-type de l’adolescente anorexique ou boulimique pour laquelle « tout a commencé avec un régime » en feuilletant les magazines de mode fonctionne bien pour les récits des reportages simplistes, mais tout est toujours beaucoup plus subtil et profond que ce qu’en disent les médias. Il ne faut jamais préjuger que l’on est en mesure de connaître à première vue les raisons qui sous-tendent un trouble du comportement alimentaire chez autrui.

« Tout ça, c’est juste dans la tête »

J’arrive au point le plus délicat à discuter ; je vais juste proposer quelques pistes de réflexion pour contrer cette idée-raccourci. Les TCA sont multifactoriels et multiformes. Il n’existe pas une seule explication ni une seule solution pour les approcher. Il s’agit de maladies psychiques qui ont un effet sur le corps ; la guérison se travaille sur ces deux plans. 

Premièrement, le fait de dire que c’est une maladie « psychologique » amène souvent les gens à croire qu’il suffit d’ « un peu de volonté » et de quelques heures de thérapie pour en sortir. Cependant, c’est plus compliqué que ça. Les troubles alimentaires quels qu’ils soient modifient les structures cérébrales en profondeur, et ainsi, ré-initialiser les circuits de pensée et les réflexes pris demande une véritable rééducation (comme des séances chez le kiné !). Par ailleurs, une privation de nourriture prolongée marque les organes digestifs et le système hormonal, et le corps peut d’abord résister à la réalimentation.

Autre élément à prendre en compte : les compulsions alimentaires sont normales physiologiquement, pendant un certain temps, après une période de famine. Ainsi, le glissement vers la boulimie de beaucoup de personnes ayant vécu l’anorexie pourrait être évité avec une meilleure explication de ces phénomènes, qui permettrait d’accepter cet état transitoire, qui ne doit pas tout de suite être pathologisé. 

Aussi, un dérèglement hormonal ou des traitements médicamenteux peuvent être à l’origine d’une initiale perte de poids et d’appétit qui se transforme ensuite en anorexie mentale ; d’une prise de poids ou de compulsions alimentaires qui peuvent mener à des troubles du comportement alimentaire si l’on ressent une culpabilité de ces transformations.

Enfin, la nourriture industrielle (ajout de sucres libres, de graisses transformées, d’additifs) a un puissant potentiel addictif et peut dérégler les hormones qui régulent la faim et l’humeur. Parfois, le  rééquilibrage alimentaire sera le point le plus important (sans diaboliser les aliments ni culpabiliser l’individu sur ses choix/goûts culinaires). Pour terminer, rappelons que les aliments, des aliments précis, peuvent être investis d’une charge émotionnelle particulière ; le vécu du trouble a à voir aussi avec des choses concrètes, le goût, la forme, la texture des aliments ; le contexte dans lequel on mange ; le ressenti de son propre corps ; les souvenirs d’enfance, les habitudes alimentaires familiales. Il est nécessaire en thérapie d’aborder aussi ces aspects concrets, sans penser qu’il n’y a que les aspects « psychologiques » qui sont dignes d’intérêt. 

Le fait de comprendre toutes ces choses permet une meilleure prise en charge personnalisée et une remise en question du modèle du « tout mental » qui culpabilise les patient·es (voir le point « volonté »), et des clés essentielles pour assurer une meilleure prévention des TCA auprès de la population générale. Il est indispensable donc de travailler sur plusieurs versants à la fois, ni en restreignant le soin à une imposition de plans alimentaires standardisés, ni à l’autre inverse en pensant guérir uniquement par la parole sans s’intéresser concrètement aux aliments et à ce qui se passe dans le corps. Il est important, enfin, de laisser le temps au corps de se remettre et de retrouver petit à petit son fonctionnement optimal, à son rythme. 

En attendant que nous revenions plus en détails sur des problématiques liées aux troubles du comportement alimentaire : prenez soin de vous dans la mesure du possible, soyez compréhensif·ves envers les personnes touchées, et cherchez de l’aide si vous en avez besoin.


Quelques ressources générales (informations et aide) sur les TCA :

http://www.enfine.com/  Association d’entraide
https://www.anorexie-et-boulimie.fr/ Information et mise en lien avec les professionnels de santé
https://www.boulimie.fr/ Informations et entraide
https://www.santemagazine.fr/sante/maladies/maladies-mentales/anorexie/boulimie-et-anorexie-ou-trouver-de-laide-173492 (Liste de ressources pour se faire aider)
https://www.gros.org/ : Groupe de réflexion sur l’obésité et le surpoids
https://www.miata.be/ (Belgique)








Drôle d’animal curieux et enthousiaste passant cependant le plus clair de son temps dans sa tanière autistique, le eva s’exprime le plus volontiers à l’écrit, même si iel se demande encore comment se genrer. Elle lit en vrac des essais féministes, des études de linguistique, et des BD pour la 50e fois. S’intéresse au croisement des discriminations, aux systèmes de domination, à la manipulation des discours, et à la parole des concerné·es. Parlera d’autisme, de langage, de rapport au corps, de genre, de troubles du comportement alimentaire, de handicap, de colère, de fatigue, et des moments de joie et de consolation dans tout ça !

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