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Estime de soi, la vie après un traumatisme

Quand on perd l’estime de soi-même ou tombe dans l’abattement moral ou dans le mépris de toute honte, ce qui est la pire des conditions.” Charles-Jean Baptiste Bonnin

De la thérapie, au livre de développement personnel, les professionnels s’accordent sur le fait que s’il est une partie de nous qui est particulièrement affectée après un événement traumatisant quelle qu’en soit la nature de celui-ci, c’est bien l’estime de soi. Le travail de fond qui résulte d’une reconstruction après traumatisme témoigne de l’impact de ces événements sur l’amour propre de la victime. Si l’on estime souvent que nous sommes hors d’atteinte des enjeux qui nous sont exposés, afin de se sortir de clichés et de commentaires trop fréquents allant du « Moi j’aurais su tenir tête » jusqu’au « Il faut être fort dans la tête, parfois certaines personnes sont pas taillées pour supporter … » il est important d’étudier de plus près la relation entre les faits et l’évolution de la victime. 

” Dis moi où tu as mal je te dirais qui tu es.”

L’estime de soi c’est quoi ? De manière général on le définit comme étant « la façon dont on s’aime », une définition simple, légitime mais aussi superficielle. Selon Nathaniel Branden (psychothérapeute), l’estime de soi c’est la confiance que nous avons dans notre potentiel à affronter les épreuves ; mais pas que, c’est aussi le sentiment de se savoir capable de les surpasser, le fait de savoir et d’avoir conscience que nous méritons d’être aimé.e.s et que comme tout un chacun nous avons droit au bonheur.  Au regard de cette définition, on comprend alors qu’il s’agit d’une composante importante dans la construction d’un individu tant sur le plan comportemental, psychologique que social. L’estime de soi c’est ce facteur qui nous protège plus ou moins du monde extérieur, une condition nécessaire – d’après la philosophe Trudy Govier – pour accéder à l’autonomie et au respect de sa personne. 

Or, si l’adage dit qu’il faut diviser pour mieux régner, quand il s’agit d’une personne et non d’un groupe, il faut briser pour pouvoir asseoir son autorité aussi malsaine soit elle. Ici j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec un intervenant victime de harcèlement moral, violence physique et attouchement sexuels dans l’enfance.

Shake your Mind : Te  sens tu  toujours coupable?
Intervenant : Par rapport à ça non. Mais en général, oui dû au fait qu’il a instauré, installé un sentiment de supériorité et le fait qu’il disait que c’était toujours la faute des autres donc par conséquent, ma mère, mes sœurs et moi.

“Si vous vous dénigrez tout le temps, il y a au moins une personne au fond de vous que vous appréciez : celle qui vous dénigre.” (Friedrich Nietzsche)

L’on retrouve un détail commun à plusieurs victimes : le sentiment d’infériorité au moment des faits. Pourquoi ? Parce qu’un personne détruite est vulnérable et pour pouvoir avoir cet effet il faut s’assurer qu’elle a perdu en elle tout ce qui pourrait lui penser que communément aux personnes qui l’entourent, elle mérite d’être aimée, accompagnée, soutenue et qu’elle est capable de résister. Ici le bourreau est le père, mais le schéma se retrouve chez les personnes ayant fait l’expérience de vivre avec un individu toxique ou pervers narcissique il revêt dans chacun des cas la figure d’autorité. Il s’assure d’avoir isolé la personne, parce que seule elle est fragile mais surtout iel se persuade que l’homme qui s’applique à lui ôter tout semblant d’humanité est méritant de son affection parce que malgré tout ses travers … lui l’accepte pour ce qu’iel est. 

Intervenant : J’ai toujours eu un masque. Donc j’ai toujours eu ce masque avant et après le sentiment d’être heureux. Mais j’ai fait semblant d’être heureux pendant très longtemps, je dirais environ 18 ans et depuis, je le suis vraiment. Ces traumatismes j’ai longtemps essayé de les faire disparaître, avec un psy par exemple, cela n’a pas fonctionné. La seule solution en l’occurrence, pour moi c’était d’accepter ce que je suis, ce que NOUS avons vécus et d’avancer avec ça. De ne pas en avoir peur mais d’en faire une force. C’est bateau, cliché mais c’est vrai.

Bien-sur les faits nous disent « tu as été assez faible pour te laisser piétiner, violer, frapper, insulter, agresser, sans broncher ». En visualisant notre amour propre comme un bouclier nous pouvons estimer que les événements précédents ont laissé apparaître une large brèche le long de cette cuirasse protectrice. Hélas, les études montrent d’importantes corrélations entre ces vécus et le développement par la suite de troubles anxieux, dépressifs et autres troubles interpersonnels liés à la mauvaise assimilation des patients de leurs souvenir et vécu.  Pourtant c’est de là que nous pouvons et avons la capacité de nous reconstruire. Des épreuves et de la souffrance peut sortir une estime de soi d’autant plus forte. En effet, nous avons pu voir précédemment que celle-ci dépendant fortement de la persuasion que nous avions de pouvoir surmonter les obstacles de la vie. Ici les victimes survivantes peuvent après une longue thérapie réaliser les faits suivants : elles y ont survécu, bien qu’elles aient fléchi et parfois perdu espoir, elles ont surmonté cet obstacle supplémentaire.

« J’avais peur à une certaine époque que les gens disent ‘’ Pour qui se prend-elle ? ‘’ Maintenant, j’ai le courage de me lever et de dire : ‘’ Voici qui je suis’’. » Oprah Winfrey

Shake your Mind : Ton estime de toi, tu dirais qu’elle était comment avant? Et aujourd’hui ?
Intervenant : Avant : Affreuse, un garçon gros, qui ne plait à personne, un garçon triste qui ne montre que de la joie, un masque porté jour et nuit, un doute chaque seconde “ce que pense l’autre de moi est plus important que ce que JE pense de moi”. J’étais un faible qui cachait une force.

Maintenant : Je suis fort, j’ai grandi, mûrit. J’ai compris que l’important c’est pas le regard des autres mais celui de notre entourage et surtout du sien. J’ai accepté mon corps à demi-mot. J’ai compris que je pouvais plaire et que je n’avais pas besoin de porter ce masque même si il me sert quand même. Je doute encore énormément mais mon esprit est plus doux qu’avant. Je suis beaucoup plus ouvert d’esprit même si je l’étais déjà beaucoup.

Comprendre que la responsabilité des faits n’est pas la nôtre, reprendre conscience de sa valeur et de ses aptitudes, en ressortir fortifié.e. La vie après avoir été brisé.e.


Bibliographie

Nathaniel Branden, What self esteem is and is not? (1997)Sasja Dorresteijn, Thomas Edward Gladwin, Iris Eekhout, Eric Vermetten& Elbert Geuze (2019) Childhood trauma and the role of self-blame on psychological well-beingafter deployment in male veterans, European Journal of Psychotraumatology, 10:1, 1558705, DOI:10.1080/20008198.2018.1558705

Trudy Govier, Self trust, Autonomy, Self-esteem (1993)

Jeff Greenberg, Sheldon Solomon, Tom Pyszczynski, John Burling, Deborah Lyon, Abram Rosenblatt, Elizabeth PinelLinda Simon, Why Do People Need Self-Esteem? Converging Evidence That Self-Esteem Serves an Anxiety-Buffering Function (1992)

Melanie Greenberg, Turning to the Positive: Personal Growth After Trauma (2013)

Tom Pyszczynski, Sheldon Solomon, Jeff Greenberg, Jamie Arndt, Jeff Schimel, Why Do People Need Self-Esteem? A Theoretical and Empirical Review (2004)

Amy E. Street, Laura E. Gibson, Dana R. Holohan, Impact of Childhood Traumatic Events, Trauma-Related Guilt, and Avoidant Coping Strategies on PTSD Symptoms in Female Survivors of Domestic Violence (2005)


Je suis une étudiante en psychologie (neuropsychologie tout particulièrement). Ayant fait l'expérience de troubles du comportement alimentaire, d'anxiété et de dépression, j'ai souhaité comprendre le comportement et la nature humaine. J'espère pouvoir vous faire part de mes recherches, trouvailles et que mon vécu viendra appuyer mes articles et vous aider.

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