Autres diktats,  Sexisme

La ville faite par et pour les hommes

Aujourd’hui, j’ai décidé de faire un résumé du livre d’Yves Raibaud, spécialiste de la géographie du genre, chargé de mission égalité femmes-hommes. C’est un livre que j’ai particulièrement apprécié car, bien qu’il manque certains points, il permet de faire un état des lieux consternant concernant la place des femmes dans la ville. Je rajouterais juste que je ne connais pas Yves Raibaud, j’avoue n’en avoir jamais entendu parlé avant mais que j’ai choisi ce livre car le résumé m’a parlé et j’ai été ravie des dénonciations qui sont faites dans ce livre.

Si j’ai glissé quelques remarques, aucune interprétation n’est faite, j’ai tenté de résumer au mieux possible les propos de l’auteur.

Introduction

Selon les romanciers et poètes enseignés à l’école (et tous des hommes, bien évidemment), la ville “est une femme”. N’oublions surtout pas que ces même romanciers et poètes sont des misogynes non cachés, Baudelaire, fervent client de prostituées ou encore André Breton qui se plait à raconter comment il a suivi une femme dans les rues sombres.
L’histoire assigne aux hommes le domaine public. La ville est ainsi en elle-même un véritable obstacle pour les femmes voire dangereuse dans les pires des cas.

La ville est inégalitaire, elle se construit sans prendre en compte les différences de rôles sociaux, elle est inégalitaire dans sa gouvernance et inégalitaire dans ce sentiment de peur qu’ont les femmes alors que les hommes se pavanent en toute tranquillité. Et pourtant, une politique urbaine visant l’égalité est possible mais pour cela il faut s’en donner la peine et quand on sait que la plupart des décisionnaires sont des hommes, il n’y a rien d’étonnant à ne voir aucune amélioration de ce côté là.

En améliorant la place des femmes, c’est également la place des autres personnes discriminées qui va être améliorée (enfants, personnes âgées…), il est alors d’autant plus important d’agir.

Les études menées dans ce livre ont principalement eu lieu à Bordeaux (Yves Raibaud étant maître de conférences à Bordeaux) mais pas que.

Le nom des rues

Elles célèbrent bien souvent les “grands hommes”. D’ailleurs, dans le cas de Bordeaux il n’y a rien d’étonnant à voir peu de noms de femmes. Et pour cause, la ville a toujours été gouvernée par des hommes (de Lambert en 1208 à Nicolas Florian de nos jours). Même les pires hommes restent dans la mémoire collective ! Pensons notamment à François-Armand de Saige, fameux amateur de traite négrière. Les hommes tiennent à garder leur place de “leaders” et tiennent à ce qu’ils restent dans la mémoire collective Cela est efficace car les conseils municipaux sont de leur côté vu que ceux-ci sont masculins.

94% des plaques de rue dans l’espace public mettant à l’honneur des personnalités sont des hommes. Alors que seulement 6% sont des femmes.

En France, la ville ayant le plus grand nombre de rues avec un nom de femme est Marseille avec… seulement 15%. Et alors sur les boulevards, Nantes est très mauvaise élève car aucun de ses 55 boulevards n’a le nom de femmes. Ce ne sont que des exemples mais malheureusement ils sont très représentatifs.

Et alors, n’allez pas demander trop de noms de femmes peintres et musiciennes… Leur nom a été nié de l’Histoire des Arts (principalement écrite au 20ème siècle).

En science, Marie Curie a souvent son nom sur les plaques de rue mais est principalement associée avec son mari (qui lui d’ailleurs a une avenue à lui tout seul !). Marie Curie fut la première femme a décrocher un prix Nobel et ironie, son premier prix Nobel fut décrocher avec son mari. Elle a fini malgré tout par avoir un deuxième prix Nobel (et seule cette fois-ci !) et fut la première femme à enseigner à la Sorbonne.

Un autre bel exemple d’invisibilisation des femmes : les rues Joliot-Curie pour Irène Curie et Frédéric Joliot à Bordeaux. Irène n’a pas de rue en son seul nom alors qu’elle est prix Nobel à part entière et fut l’une des 3 premières femmes à entrer au gouvernement en 1936.

Pourquoi les femmes sont-elles oubliées ? Elles furent absentes longuement de la vie politique (les Françaises étaient les dernières Européennes à obtenir le droit de vote en 1945, soit environ 150 ans après la Déclaration des Droits des Hommes et du Citoyen), elles furent absentes des conseils municipaux (qui se chargent de donner les noms de rues).

Il est important de se rendre compte que si des efforts sont faits, cela semble être encore très compliqué (notamment à cause des hommes qui veulent garder leur place “de dominants”).
Alors que le prolongement de la ligne de tram T3 de Paris était organisé et qu’il fallait donner des noms d’arrêts, il a fallu plus d’un an pour que les noms soient acceptés. Et pourquoi ? Tout simplement car les noms proposés étaient 9 noms de femmes sur 18 arrêts et pour un seul nom d’homme. Il est intéressant de noter que cela a pu faire débat alors que lorsque l’inverse se produit, personne n’émet protestation. D’ailleurs, un arrêt s’appelle Colette Besson et certaines personnes ont proposé de l’appeler Fillettes (nom d’un stade proche) car “après tout vous voulez un nom de fille, non ?”.
Les hommes seraient-ils alors les seuls avec une capacité créatrice d’intérêt général ? (la réponse est non, bien évidemment mais il semblerait qu’à leurs yeux ce soit le cas et dans ce cas là il ne s’agit alors que d’un problème d’égo qu’il est urgent de régler)

Une ville pour garçons au détriment des filles

On les voit s’ériger de plus en plus nombreux ces grands stades de football, de rugby, ces skateparks, ces terrains de streetbasket, ces terrains de pétanque…
Ce n’est pas étonnant lorsque l’on sait que les équipements de loisir mis à disposition des 8-20 ans vont deux fois plus aux garçons qu’aux filles.

75% des budgets publics destinés aux loisirs des jeunes profitent aux garçons. Les garçons représentent 65% des personnes pratiquant du sport et 50% des effectifs en écoles de musique et médiathèques. Mais ils représentent aussi 75 à 80% des utilisateurs réguliers de maisons de quartier, de maisons de jeunes et presque 100% des usagers des équipements sportifs d’accès libres comme les skateparks.
Ils sont également 2 à 3 fois plus nombreux que les filles à partir dans des séjours organisés avec le concours de la CAF, surtout dans des dispositifs classés “politique de la ville”.

Ces chiffres sont d’autant plus aberrants quand on sait que les loisirs non mixtes masculins sont 25 à 30% plus coûteux en aides publiques que les loisirs non mixtes féminins ou mixtes.

Dès le collège, les filles décrochent des loisirs sportifs, culturels ou encore généralistes des municipalités ou des associations mandataires car les activités ne sont pas adaptées à leur demande.

Ce phénomène est expliqué publiquement par “il faut canaliser la violence des jeunes garçons dans d’autres activités” (que ce soit par les animateur.rice.s, les élu.e.s etc…).
Le décrochage des filles est alors banalisé “les filles sont mûres”, “les filles savent mieux s’occuper”, “les filles préfèrent rester chez elles”, “les hormones les poussent à se désintéresser du sport et des activités de groupe” : un voilage de face démenti par les concernées qui avouent “aimer jouer dehors”, “sortir”, “s’amuser”. On les en empêche implicitement (absence de commodités, absence de services, absence de lieux dédiés…) ou par agressivité des hommes, conseils de prudence des parents ou entourage.

Tout cela entraîne une disparition des activités de loisirs mixtes, un repli des filles à des activités conformes aux stéréotypes de genre.
Il y a même parfois une survalorisation de la minorité des filles qui pratiquent des activités dites masculines. Une élue adjointe à la jeunesse à affirmer “ne pas vouloir de subventions pour des clubs de majorettes ou de danses classiques” car “elle ne veut pas cette représentation de la femme”.

A cela s’ajoute la violence des garçons envers les filles. Certains centres sont dominés par les hommes qui sont en plus grand nombre et ceux-ci rabaissent les filles avec des insultes, les empêchent d’utiliser les équipements… Donc forcément, cela amène les filles à cesser de fréquenter ces établissements.

De plus, les garçons n’osent pas faire d’activités essentiellement composées de présence féminine, leur choix d’activité est alors conforme à leurs sexes. Certains ont “peur d’être pris pour un PD”, “peur d’être pris pour une gonzesse” (désolé des termes utilisés, je les ai repris tels qu’énoncés).

Des perspectives de solutions voient le jour avec notamment des lieux d’accueil collectifs pour freiner la construction de marqueurs d’hégémonie masculine et proposer des activités mixtes (comme du théâtre, des orchestres de jeunes, des activités sportives mixtes…). Il sera également important d’éduquer et former à la mixité, la parité et le genre les associations d’éducation populaire et autres professionnels.

Les femmes se déplacent différemment

Les femmes font beaucoup moins de déplacements professionnels que les hommes. En revanche, celles-ci sont 3 fois plus nombreuses à utiliser la voiture car souvent chargées de conduire les enfants à l’école, chez le médecin, à aller faire les courses…

De nuit, les femmes (tout comme les seniores) se déplacent en groupe, intériorisant des cartes mentales pour éviter les zones anxiogènes et ainsi anticipent leurs déplacement. Les femmes contrôlent également leurs tenues selon leurs déplacement : elles gardent des chaussures plates le soir dans leur sac si elles rentrent tard afin de pouvoir courir si besoin, elles prennent un long manteau pour dissimuler leur tenue, elles gardent leur téléphone allumé et souvent à portée de main, elles ont une bombe lacrymogène ou un couteau pour pouvoir se défendre…
Les femmes demandent alors à se sentir plus en sécurité et que les détenteurs de pouvoir les aident à cela avec notamment : une meilleure offre de mobilité le soir, des taxis roses réservés aux femmes le soir, des surveillances discrètes le soir et la nuit de la part des autorités, un meilleur éclairage le soir et la nuit notamment dans les grandes rues mais aussi les petites… Néanmoins, cela semble avoir du mal à se goupiller.

Alors que les vélos en libre service affluent, les femmes se déplacent peu en vélo contrairement aux hommes. Souvent l’image d’une femme en vélo est associé à une petite jupette qui virevolte au vent avec un côté sexy, tandis que pour un homme, c’est virile et un moyen de faire des figures. D’ailleurs 85% des morts en vélo sont des hommes et 80% des accidents aussi.
60% des utilisateurs de vélo sont des hommes et cet écart se creuse la nuit (67%) et par temps de pluie (74%). Pourquoi une telle différence ? Car la femme ne semble pas avoir le droit de déroger à la règle de l’impeccable sur soi. Par temps de pluie, elles sont moins présentables en société.
Elles utilisent également peu le vélo car dès le 2ème enfant cela devient complexe (pour les emmener à l’école, faire les courses…), elles ont également peur d’un accident, d’être moins présentables après avoir pédalé, d’avoir des remarques d’hommes (qu’ils soient automobilistes, cyclistes ou piétons).

Fact : les amateur.rice.s du Tour de France ont si peu regardé le Tour de France féminin que celui-ci a été supprimé.

Le harcèlement de rue

Le harcèlement de rue existe depuis toujours. Il a malgré tout été mis en avant en France et Belgique grâce au documentaire Femmes de la rue de Sofie Peeters, au site Hollaback, au hashtag #SafeDansLaRue sur Twitter, au collectif Stop Harcèlement de Rue et au “Projet Crocodile” de Thomas Mathieu (entre autres).

Les plaintes sont rares concernant le harcèlement de rue mais classées sans suite si aucune preuve à apporter.
Cela arrive d’ailleurs beaucoup sur les campus universitaires mais les universités craignant pour leur réputation préfèrent minimiser les faits et le manque de plaintes sont utilisés pour étayer leur cause.

La recherche universitaire est très prudente en France et les pouvoirs publics sont également en cause : peu d’enquêtes publics sont réalisées sur les violences faites aux femmes.

Il y a différents degrés de violence : de la drague lourde en allant au viol en passant par les attouchements dans les transports publics, mais tous peuvent avoir un impact considérable sur la victime et être ainsi vécus comme traumatismes. Et c’est toujours la faute à l’agresseur, peu importe la fragilité ou la capacité de résistance de la victime.

Les étudiantes sont des cibles faciles pour les harceleurs, agresseurs : seules dans une ville inconnue, négociations de loyers plus que douteuses, suiveurs, …

Dès les années 70, les femmes (étudiantes) s’entraident en s’accompagnant les unes et les autres d’un point à l’autre, en dénonçant les plaques auto de harceleurs, en créant des associations d’entraide…

La culture (de la toxicité) masculine n’est pas réduite aux frustrés ou obsédés. Elle concerne tous les hommes à des échelles différentes et sur des points différents.

Les femmes dont on oublie la voix

L’observation des processus de participation des citoyens au projet urbain montre que la voix des femmes est disqualifiée pour organiser la ville. Par exemple, le grenelle voulait limiter l’utilisation de la voiture (point de vue écologique) car ce sont des hommes qui la composent et, comme vu précédemment, ce ne sont pas les principaux usagers. Alors qu’une femme parlait de ses enfants qui allaient à des écoles différentes et qu’elle n’avait pas le choix, un expert a répondu “vous n’avez qu’à y aller à pied”, balayant ainsi d’une remarque absurde sa tentative de discussion.
Le grenelle est composé de 25% de femmes, pas étonnant qu’on ne les écoute pas. Ce sont les hommes qui encadrent le grenelle et signent le rapport final. Et si elles voulaient présenter un projet cela risque d’être compliqué car seuls les hommes présentent des projets lors des séances plénières.
Plus de 20% de femmes et pourtant elles n’ont que 8% de temps de parole, temps de parole lors duquel elles sont sans cesse coupées voire parfois non écoutées. Alors que les hommes volent le temps de paroles sauvagement, sans demander l’autorisation, les femmes ne sont jamais interrogées lorsqu’elles lèvent la main.

Il ne s’agit pas d’autocensure des femmes mais bel et bien un temps de parole volé par les hommes à coup de moqueries, de bavardages durant le temps de parole de celles-ci et de dénigrement complet de ce qu’elles disent.
Et alors dès que le sujet a un rapport avec la condition féminine cela est totalement ignoré.
Sur le rapport final du Grenelle des Mobilités, 10 lignes sur 186 pages mentionnent la variable sexe et genre. Et bien évidemment ce sont des données non exploitées.

Des collectivités montrent l’exemple

Les femmes veulent clamer leur “droit à la ville”. Des choses sont mises en place notamment à Nantes (qui a suivi l’exemple de Montréal au Québec et de Kalmar en Suède) avec l'”entre deux arrêts” qui permet aux femmes le soir de demander à descendre entre deux arrêts, au plus proche de chez elles, pour rentrer en sécurité.

Des audits de sécurité se veulent être mis en place également en proposant aux femmes de s’exprimer sur les moyens à mettre en place pour qu’elles se sentent plus en sécurité notamment dans les stations de métro.

Un label a été créé : le Label Haute Qualité Femmes/Hommes pour récompenser les ambiances urbaines réussies sous l’angle des rapports sociaux de sexe et de la participation féminine à la vie publique.

En 2006, la Charte Européenne pour l’égalité des femmes et des hommes dans la vie locale a vu le jour et 184 collectivités Françaises l’ont signé. Cela les engage d’une certaine manière mais elles n’ont pas l’obligation de mettre des choses en place. 30% des collectivités signataires n’ont rien fait car, malgré le fait que ce soit uniquement des femmes élues en charge du programme, elles ne sont pas écoutées.
En 2015, un indicateur a donc été mis en place afin d’évaluer le suivi de la charte.

J’ai tenté de résumer au mieux le livre, en suivant la trame de l’auteur. Malheureusement parfois c’est très décousu, comme dans son livre mais j’espère que vous aurez su vous y retrouver. Je le trouve juste dans ses propos et ai particulièrement aimé le fait que chaque élément soit sourcé et daté. Alors je vous invite sincèrement à le lire ! Il coûte 5,90€ et vous pouvez trouver un extrait du livre en cliquant ici

Alors, d’autres livres sur le thème à proposer ?

Emilie ou Emy, je suis une communicante bilingue passionnée par tout ce qui touche au créatif. Dessiner, peindre, écrire, photographier... c'est mon truc ! Ayant le trouble borderline ainsi que des troubles anxieux et m'intéressant à la psychophobie liée à ces troubles, je me suis mise à ouvrir les yeux concernant les diverses discriminations présentes et qui me touchaient directement : le sexisme et la grossophobie. A partir de là, je me suis rendue compte que d'autres oppressions systémiques avaient lieu et cela me semblant injuste, j'ai décidé de créer ce webzine afin de dire merde à toutes les idées reçues et surtout d'inciter à la réflexion. J'aspire à la bienveillance même si moi-même j'ai parfois tendance à m'échauffer face à certaines injustices. C'est cette ouverture d'esprit, cette bienveillance et cette acceptation de la différence que je souhaite mettre en avant.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *