Autisme

L’autisme, un moteur de l’évolution humaine

L’autisme est une variante neurologique présente depuis longtemps dans l’Histoire humaine.
Plusieurs chercheurs se sont donc posé la question de son intérêt dans l’évolution de notre espèce : l’autisme aurait-il une utilité, contrairement à ce que clament les neuro-validistes de tout poil ?
La réponse est oui, si l’on en croit le docteure Penny Spikins, professeure d’archéologie des origines humaines à l’université d’York. Elle explique cette théorie dans son livre ; ainsi que dans un article publié par The Conversation dont nous vous proposons ici un résumé.

Aux origines de l’autisme : des gènes utiles à la survie

À l’heure actuelle, nous ne connaissons pas encore tous les gènes qui interviennent dans l’expression de l’autisme. Cependant, des études en génétique des populations permettent aujourd’hui d’affirmer qu’il s’agit d’un héritage ancien, et même d’une étape cruciale dans l’évolution humaine. En effet, la plupart des facteurs génétiques connus comme étant lié à ce neurotype auraient émergé il y a plus de 100 000 ans, et auraient constitué un set de gènes caractéristiques des Homo sapiens. Mais en quoi ces nouveaux gènes sont-ils synonymes d’avancées pour notre espèce ?

Les recherches du docteure Spikins tendent à démontrer que, loin d’être un handicap social, l’autisme aurait en fait favorisé l’émergence de nouvelles structures sociales ; et aurait ainsi joué un rôle positif dans la mise en place de réseaux sociaux à large échelle.

Par ailleurs, les capacités sensorielles, mnésiques et émotionnelles différentes des personnes autistes aurait été d’une aide précieuse dans la compréhension de l’environnement par les premiers humains. Penny Spikins cite par exemple le cas des éleveurs de rennes, décrit dans l’étude anthropologique The Reindeer People. D’après ce livre, les éleveurs autistes auraient été d’une grande importance dans la survie des troupeaux (et donc des humains qui les élevaient) grâce à leurs capacités à mémoriser une quantité phénoménale de détails personnels concernant les milliers d’animaux constituant le groupe : généalogies, antécédents médicaux, personnalités… Mis au service des autres humains, de tels talents auraient permis de faire évoluer favorablement les techniques d’élevage, d’agriculture ou encore de maçonnerie ; permettant donc à plus de personnes de survivre.

Les traits autistiques se seraient également manifestés à travers les premiers Arts. Selon les observations de plusieurs anthropologues, dont le docteure Spikins, les peintures rupestres (telles que celles de la grotte de Chauvet) auraient été réalisées par des personnes autistes. Leur théorie se fonde sur la grande attention aux détails et sur le réalisme sidérant des dessins représentant la faune sauvage, à une époque qui ne disposait pas d’outils permettant l’observation de la faune à grande distance. Bien que les chercheurs reconnaissent que des personnes neurotypiques auraient été capables de réaliser des représentations de ce type, ils insistent cependant sur le fait qu’il aurait été plus facile pour des personnes autistes d’y parvenir, notamment grâce à leur capacité de concentration intense (hyperfocus) et à leur attention aux détails.

En partageant avec leurs groupes sociaux leurs aptitudes différentes de celles de la norme, les personnes autistes auraient donc joué le rôle de moteur d’évolution, aussi bien sur le plan social qu’en ce qui concerne le développement de l’élevage, de l’agriculture, des technologies et des Arts.

Représentation de lions vieille d’environ 30 000 ans, grotte de Chauvet)

Réintégrer l’autisme dans l’Histoire humaine

À la lumière de ces éléments, on ne peut que déplorer la description que la société actuelle fait de l’autisme. En considérant ce neurotype comme un défaut, voire une maladie à éradiquer aussi rapidement que possible, l’humanité fait preuve d’un déni évident quant à ses propres origines. On retrouve ici l’influence néfaste du discours neurotypique, cette propagande normative basée uniquement sur ce que la population neurotypique imagine et ressent de l’autisme.

Comme le fait remarquer le docteure Spikins dans son article, l’exclusion des différences dans notre perception de l’Histoire n’est malheureusement pas un phénomène nouveau. Encore aujourd’hui, l’influence des femmes et des personnes AFAB dans l’évolution de notre espèce reste très largement sous-estimée, pour donner la part-belle aux hommes et aux personnes AMAB. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les programmes scolaires français, qui continuent toujours de décrire nos ancêtres comme étant des « chasseurs masculins qui laissaient leurs femmes dans la caverne » – bien que des décennies de recherches en anthropologie aient réfuté cette vision des premiers Homo sapiens !

Il est donc plus qu’urgent de réintégrer l’autisme, ainsi que les autres variantes humaines, dans l’Histoire de notre espèce ; et de rendre aux personnes concernées la place qui leur revient de droit dans nos sociétés.



Électron libre et rebelle dans l'âme, j'ai décidé de prendre la plume comme on prend les armes. Autiste, HPI, féministe et antispéciste (entre autres), je me veux tempête bienveillante face à la mer d'huile de la cruauté humaine. Par ma participation au webzine, j'espère sensibiliser les possibles allié-es, et prouver aux concerné-es qu'iels ne sont pas seul-es. J'anime également un blog francophone consacré à la neurodiversité, intitulé Autistiquement.

2 Comments

    • Tempête

      Malheureusement, les discriminations ne sont pas nouvelles…Si nous voulons que cela change, il faut nous battre.
      En tant que mère, vous pouvez apporter un maximum de soutien à votre enfant dans son identité, et l’inviter à rejoindre la communauté autiste militante. Rien sur nous sans nous 😉

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