Autisme,  Dépression,  Psychophobie,  Schizophrénie,  TOCs,  Trouble de la personnalité borderline,  Trouble du comportement alimentaire,  Troubles anxieux,  Validisme

Le détournement des nominations médicales : ma maladie n’est pas un adjectif à utiliser à la légère !

Combien de fois j’ai pu entendre, alors que des gens de mon entourage changeaient d’idées ou d’humeur, “ouah t’es un peu bipolaire toi” sorti tout droit de la bouche de personnes non concerné.e.s.
Combien de fois j’ai pu entendre mes collègues féminines dire d’une autre “elle est tellement maigre elle est anorexique elle“.
Combien de fois j’ai pu entendre des ami.e.s dire “J’ai des TOCS. Ma maison doit toujours être niquel, je suis tellement maniaque.

Et le pompon : un politicien ( Fillon ) qui dit “Je ne suis pas autiste !” afin de d’expliquer qu’il comprenait ce qu’on lui disait.

Ce ne sont que des exemples parmi tant d’autres. Si ici je vais me focaliser sur les maladies mentales, car directement concerné.e, il y a bien sûr d’autres handicaps, troubles, différences qui sont eux aussi utilisés à tord et à travers. Et parmi eux, l’horrible “t’es trop triso toi !“.

Alors pourquoi faut-il arrêter d’utiliser les maladies et handicaps comme des adjectifs ordinaires ?

C’est stigmatisant

Beaucoup de maladies mentales souffrent de stéréotypes. Par exemple, on entend souvent que les personnes borderlines sont violentes ou encore que les personnes schizophrènes sont dangereuses. D’ailleurs, on les définit ainsi dans les livres et films et les journaux ne se lassent pas de partager le diagnostic d’une maladie mentale lorsqu’a lieu un fait divers. Mais la réalité est très différente. Il existe autant de façon de souffrir d’une maladie mentale qu’il y a de personnes. Les symptômes diffèrent énormément d’une personne à l’autre.

Au lieu de dire, car une personne ne semble pas dans son assiette, qu’elle a l’air dépressive, pourquoi ne pas dire tout simplement “tu as l’air triste” ?


Dans un moment de stress intense dû par exemple à un examen, le boulot qui est très demandant en énergie, le patron qui en demande trop, il est également important de ne pas dire “je suis anxieux.se !” mais bien “je suis stressée“. La différence peut sembler moindre mais si vous voulez comprendre en quoi c’est important de ne pas mélanger ces adjectifs, allez jeter un coup d’oeil à l’explication du fameux psychiatre Christophe André en cliquant ici.

Quand une personne est maigre, pour des raisons qui ne nous regardent aucunement (que ce soit sa morphologie ou une maladie), on dit qu’elle est maigre et non anorexique. L’anorexie est une maladie et la maigreur n’est en aucun cas signe de cette maladie qui est bien plus complexe. Eh oui, même les personnes grosses peuvent en souffrir !

Ça donne l’impression que les maladies ne sont pas sérieuses

En utilisant des adjectifs de maladies mentales si facilement, on pourrait penser le banaliser et que c’est une bonne chose mais c’est faux. C’est justement en utilisant ces adjectifs à tord et à travers qu’on va banaliser la souffrance des concerné.e.s et parfois même les pousser à ne pas consulter car iels ne se sentiront pas légitimes ou qu’iels diminueront à leur tour la gravité de leur état.

Par exemple j’ai eu le cas d’une amie qui m’a dit “non mais moi aussi j’étais dépressive et je sais qu’on peut s’en sortir sans médicaments, ça passe juste comme ça du jour au lendemain suffit de le vouloir et de pas s’apitoyer“. Cette amie avait juste vécu une grosse déprime qu’elle a mélangé avec une dépression car justement c’est un terme utilisé à tord et à travers. En entendant cela, quelqu’un.e de moins informé.e sur les troubles psy va se dire “elle a raison” et peut-être ne pas se faire soigner. Et une dépression non soignée peut devenir dangereuse.

Un autre exemple est celui des TOCs. “Oh tout le monde est toqué”, “tout le monde a des TOCs“, “moi aussi j’ai des TOCs, je vais vérifier tous les soirs si le gaz est fermé !“. Combien de fois j’ai pu l’entendre celui-là ! Ce sont ces mêmes personnes qui ont quelques manies qui jugent qu’elles souffrent de TOCs. Un TOC ça vous bouffe, ça vous prendre plusieurs heures dans votre journée, ça vous rend obsédé.e si vous n’avez pas effectué un rituel (ce n’est pas pour rien qu’on dit trouble obsessionnel compulsif)… Comment cela peut-être comparable à une manie que va avoir une personne ? Quand on voit que certaines personnes vont jusqu’à se faire opérer du cerveau pour supprimer leurs TOCs il est difficile de se taire face à cette douce phrase qu’on entend si souvent “tout le monde a un peu de TOCs“.

Les concerné.e.s peuvent être blessé.e.s et se sentir incompris.e.s mais surtout rabaissé.e.s

Si les personnes en qui les concerné.e.s ont confiance diminuent à ce point leurs souffrances alors qui pourra les prendre au sérieux ? Si les maladies sont souvent mentionnées comme des blagues, des critiques qui va les écouter et les aider ? Comme mentionné plus haut, cela va fermer la parole des concerné.e.s de peur du jugement, de peur de la stigmatisation.

En utilisant les maladies mentales comme des adjectifs balancés à tord et à travers, les personnes ne se sentent plus légitimes et surtout moquées.
Leurs maladies sont le plus souvent utilisées comme adjectifs négatifs “hier elle m’a crié dessus, elle est trop bipolaire !” alors comment ne pas se sentir rabaissées ?

Les maladies mentales ne sont pas des traits de caractère ou des défauts ! Iriez-vous dire à quelqu’un qui semble avoir perdu du poids ” t’as chopé le sida toi !” ?
Une maladie, même si elle est psy, reste une maladie et peut faire tout autant de dégâts.

Les maladies psy sont tellement incomprises par bon nombre de personnes et elles sont encore très mal vues dans notre société validiste et psychophobe. Il est important d’en parler avec plus de bienveillance et en toute connaissance de cause. Il n’y a pas de mal à ne pas connaître une maladie. A ce moment là il y a deux choix : s’informer pour en discuter (en particulier auprès des concerné.e.s) et en restant ouvert ou alors ne pas s’informer mais dans ce cas-là ne pas transmettre de fausses idées ou faire preuve de jugement.

Il y a plein de mots dans notre beau langage. Pourquoi choisir ceux qui oppressent et font du mal ?

Merci à celleux qui feront l’effort de se remettre en question et qui n’utiliseront plus nos troubles comme des adjectifs.

Emilie ou Emy, je suis une communicante bilingue passionnée par tout ce qui touche au créatif. Dessiner, peindre, écrire, photographier... c'est mon truc ! Ayant le trouble borderline ainsi que des troubles anxieux et m'intéressant à la psychophobie liée à ces troubles, je me suis mise à ouvrir les yeux concernant les diverses discriminations présentes et qui me touchaient directement : le sexisme et la grossophobie. A partir de là, je me suis rendue compte que d'autres oppressions systémiques avaient lieu et cela me semblant injuste, j'ai décidé de créer ce webzine afin de dire merde à toutes les idées reçues et surtout d'inciter à la réflexion. J'aspire à la bienveillance même si moi-même j'ai parfois tendance à m'échauffer face à certaines injustices. C'est cette ouverture d'esprit, cette bienveillance et cette acceptation de la différence que je souhaite mettre en avant.

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