Trouble de la personnalité borderline

Le trouble de la personnalité borderline, un trouble complexe

Rebecca Bunch, une jeune femme borderline jouée par Rachel Bloom, dans Crazy Ex Girlfriend.

Parfois confondu avec le trouble bipolaire, le trouble de la personnalité borderline (aussi appelé trouble de la personnalité limite, état limite) est assez méconnu. Il semblerait même qu’il soit sous-diagnostiqué mais aussi victime de préjugés, ce qui rend sa prise en charge chaotique. C’est à travers cet article que je souhaite vous parler de ce trouble afin de mettre fin aux idées reçues et offrir un début de compréhension de celui-ci.

En résumé, qu’est ce que c’est ?

Le trouble de la personnalité borderline est caractérisé par une forte instabilité émotionnelle, d’où parfois sa confusion ou sa comorbidité avec le trouble bipolaire.
Selon frcneurodon, le trouble de la personnalité borderline est caractérisé par “une grande instabilité des relations interpersonnelles, une instabilité émotionnelle, une mauvaise appréciation de l’image du soi, une impulsivité marquée.” L’AAPEL, association spécialisée dans le trouble borderline, dit également que “les Borderline ont une tendance à réagir émotionnellement plus intensément que les autres à des niveaux de stress moindres. 
L’on parle de dérégulation émotionnelle, de surémotivité, d’hyperémotivité
” (Définitions non médicales).

Les spécialistes de la santé n’arrivent pas à se mettre d’accord sur un point : peut-on le considérer comme une maladie ou non ? J’aurais tendance à dire oui car ce trouble engendre une souffrance et un dysfonctionnement dans la vie quotidienne. De plus, des études ont montré une forte activité de l’amygdale ainsi qu’une activité limitée du cortex préfrontal dorsolatéral lors du traitement des émotions négatives alors que celui-ci est connu pour réguler les émotions. Il y a donc une différence de fonctionnement du cerveau avec les personnes qui n’ont pas ce trouble, ce qui pour moi prouve bien qu’il y a maladie.


Les personnes atteintes de trouble de la personnalité borderline ressemblent aux gens qui ont des brûlures au troisième degré sur 90% de leur corps. Manquant de peau émotionnelle, ils ressentent une douleur atroce au moindre toucher ou mouvement

– Marsha Linehan, psychologue spécialiste des états limites

Les critères de diagnostic

Si vous vous demandez ce que vivent les personnes borderlines, ces critères de diagnostic vont sûrement vous éclairer. A savoir qu’il faut avoir au minimum 5 critères sur 9 pour pouvoir suspecter un état limite.

Instabilité affective due à une réactivité marquée de l’humeur.
Perturbation de l’identité : instabilité de l’image, de la notion de soi ;
Sentiment chronique de vide ;
Colère intenses et inappropriées, ou difficulté à contrôler sa colère ;
Impulsivité dans au moins 2 domaines potentiellement dommageables pour le sujet (dépenses, sexualité, toxico…) ;
Répétition de comportements, de gestes ou de menaces suicidaires, ou d’auto-mutilations ;
Efforts effrénés pour éviter les abandons réels ou imaginés ;
Modes de relations interpersonnelles instables et intenses ;
Survenue transitoire dans des situations de stress d’une idéation persécutoire (impression d’être victime d’un complot) ou de symptômes dissociatifs sévères (impression de sortir de son corps).

Les idées reçues : démêler le vrai du faux

  • Les personnes borderlines sont des manipulateur.rice.s : Non. Iels peuvent utiliser des mécanismes de défense manipulateurs, en effet. Comme dire des choses stupides ne veut pas dire qu’on est stupide, tenir des propos manipulateurs ne rend pas soudainement une personne manipulatrice. Ce sont des nuances à prendre en compte. Une personne borderline va sembler vouloir manipuler en faisant notamment du chantage alors qu’en réalité elle fait souvent cela sous le coup du stress car elle ne sait plus comment réagir et est en moment de détresse psychologique. Elle sait que ce n’est pas bien, qu’elle ne devrait pas mais elle veut faire taire la souffrance et réagit comme elle peut, de manière quasi mécanique.
  • Les personnes borderlines se mutilent pour avoir de l’attention : Non ! D’ailleurs la plupart d’entre elles feront tout pour que les cicatrices ne se voient pas. L’automutilation est utilisée généralement comme un mécanisme de défense, un moyen de décharger ses émotions, de s’ancrer au présent, de souffrir physiquement pour apaiser la douleur mentale mais en aucun cas elle est faite pour avoir de l’attention. Quand bien même ce serait le cas, si la personne en arrive là pour avoir de l’attention alors il faut comprendre qu’elle est en souffrance et ne sait plus comment l’exprimer. La culpabiliser ne servirait à rien et ne ferait que la rendre encore plus mal et alimenter le cercle vicieux. L’écouter quand elle sera prête ou en ressentira le besoin sera alors la chose la plus intelligente à faire.
  • Les femmes sont les plus touchées : on ne sait pas réellement. En réalité, les hommes (à cause d’une masculinité toxique très souvent) hésitent à se faire aider pour leur santé mentale et ne sont ainsi que très rarement diagnostiqués.
  • Les personnes atteintes de ce trouble sont lunatiques : Si on prend le terme “lunatique” pour ce qu’il définit, c’est à dire, une humeur changeante déconcertante alors oui. On ne peut pas nier que ces changements d’humeur soudains sont déconcertants pour l’entourage qui parfois ne comprend pas ce qui se passe. Néanmoins ce terme n’est pas approprié. Les personnes état limite ne sont pas des personnes capricieuses mais des personnes qui elles-même subissent leurs sautes d’humeur et qui sont en grande souffrance à cause de cela. Le terme lunatique est très connoté et négatif pour définir les changements d’humeur d’une personne borderline.
  • Iels sont mauvais : Non, pas plus qu’une personne qui n’est pas atteinte de ce trouble. Il arrive que les comportements soient compliqués à comprendre pour les personnes qui ne sont pas atteintes de ce trouble, certes. Il arrive que la personne borderline fasse du mal aux gens auxquels elle tient. Mais être mauvais signifierait que cela est fait exprès et qu’iels s’en délectent. Or, lors de crises les personnes borderlines peuvent être virulentes voire même violentes mais par manque de contrôle de soi, par impulsivité car elles ont un “trop plein” qu’elles veulent évacuer. Une fois la crise finie, vous ne verrez que rarement une personne borderline ne pas regretter ses agissements ou propos.
  • Il faut les fuir : Non. Une personne borderline n’est pas à fuir. Très souvent c’est une personne hypersensible avec plein de qualités qui a énormément de choses à apporter. Alors pourquoi la fuir ? Certes, il est parfois compliqué de faire face à ses sautes d’humeur, ses moments dépressifs, ses moments de haine de soi et des autres mais au final une relation c’est aussi ça, se soutenir quand ça va bien et aussi quand ça va moins bien. Je mettrais néanmoins un bémol sur le fait que parfois il est compliqué de se retrouver avec une personne qui nie la réalité et refuse de se soigner et ce, pour toutes les maladies. A ce moment alors, il est aussi important de savoir ce qui est mieux pour nous et ne pas culpabiliser de ne plus pouvoir continuer avec cette personne.
  • Iels ne font aucun effort et ne se prennent pas en main : Non. Après avoir lu tout ce que j’ai pu écrire, pensez-vous qu’une seule personne sur cette terre aimerait vivre avec ce trouble et ferait tout pour rester ainsi ? Il y a des personnes qui ne se font pas aider ou nient leur maladie mais elles ont leurs raisons (peur du jugement, traumatisme des professionnels de santé, refus d’être malade…) et a aucun moment on ne peut se mettre à leur place. La plupart des personnes borderlines mettent tout en oeuvre pour se faire aider car ce trouble est fatigant et provoque aussi bien souvent des souffrances. Mais parfois se faire aider n’est pas forcément évident car il y a une méconnaissance des professionnels de santé sur le trouble, le manque de moyens des centres de santé, le manque de prise en charge par la sécurité sociale des thérapies utiles pour le trouble…

Et ça se soigne ?

Alors l’état peut être amélioré, on apprend à vivre avec et à gérer les crises mais à aucun moment le trouble ne disparaîtra. Certaines personnes disent qu’il est possible de guérir mais cela reste une minorité et, très personnellement, je doute que cela soit possible. Plusieurs moyens peuvent être mis en place afin de mieux vivre avec un trouble de la personnalité borderline et voici les exemples les plus fréquents :
un antidépresseur ISRS qui aidera à améliorer l’humeur et diminuer l’anxiété
la TCC (thérapie cognitivo-comportementale) qui a été prouvée pour être un élément plus qu’important pour gérer le trouble borderline. Elle est très souvent assez longue et implique un travail important de la part du malade mais les résultats sont sur le long terme et les praticiens de santé qui réalisent cette thérapie sont très souvent bienveillants et ne font preuve d’aucun jugement envers le patient, ce qui est nécessaire afin de mettre en place une relation de confiance.

Les deux associés permettront une véritable amélioration du quotidien et une diminution (voire parfois une disparition) considérables des symptômes.

A savoir


Tou.te.s les borderlines ressentent des choses, des émotions profondes mais tou.te.s les borderlines ne se ressemblent pas.

Il existe même des nuances, il y a le borderline qui va éclater très souvent dans de la violence, de la drogue, des comportements à risque, de l’automutilation et qui, très souvent, aura des difficultés d’adaptation sociale (aller au travail, avoir des relations amicales/amoureuses durables…) et il y a le borderline silencieux, bien moins connu.

Le borderline silencieux, lui, aura tendance à garder tout enfoui et à en souffrir silencieusement. Il ne se mettra pas en grande colère au point de tout casser autour de lui, il apparaîtra comme “normal” aux yeux des personnes valides qui bien souvent ne se doutent pas que cette personne mène un vrai combat intérieur. La colère sera là mais enfouie. Cela mènera bien évidemment à des dépressions graves dans certains cas car les sentiments ne peuvent pas sortir de manière saine. C’est souvent le borderline silencieux qui aura du mal à aller se faire soigner de peur de paraître illégitime et très souvent iel se sent en désaccord avec le trouble borderline car “iel n’agit pas comme les autres borderlines”. C’est une forme dont on ne parle que très rarement, pas étonnant que les borderlines silencieux ne se sentent pas soutenus ou compris. Et pourtant leurs souffrances sont similaires, iels l’expriment juste différement et jamais personne ne devra minimiser ce qu’iels vivent.

Et bien évidemment il y a un entre deux qui n’est pas forcément définissable tant les symptômes peuvent s’exprimer différemment d’une personne à l’autre. Il y a autant de formes de maladies qu’il y a de personnes.

Il ne faut pas comparer ces formes, dire que l’une est pire que l’autre, car ce n’est pas le cas.

L’état limite est considéré comme un trouble grave et ce pour toutes ses formes.

Alors, s’il vous plait, si vous avez des doutes concernant un potentiel trouble de la personnalité borderline, allez consulter. C’est dur, c’est un vrai parcours du combattant mais ça en vaut le coup.
Me concernant j’ai longtemps été mal diagnostiquée, “dépressive”, “anxieuse” (au même titre que Rebecca Bunch dans la série Crazy Ex Girlfriend) alors que tout cela était des symptômes d’un trouble bien plus profond et plus compliqué à traiter.
Et surtout n’hésitez jamais à parler de votre diagnostic avec lea soignant.e qui vous suit. Certain.e.s professionnel.le.s de santé ne parlent pas du diagnostic qu’iels envisagent ou ont déjà diagnostiqué (parfois iels ne veulent pas effrayer lea patient.e) alors prenez le taureau par les cornes. Et si ça ne va pas avec ce.tte professionnel.le, allez consulter ailleurs ! Ça prend parfois du temps de trouver un psychiatre/psychologue qui vous correspond mais ça vaut le coup de lea chercher. J’ai trouvé le mien au bout de plusieurs années et je ne regrette pas d’avoir lâché celui qui me suivait à l’époque.

Aller plus loin…

Petite explication en vidéo

https://aapel.org/bdp/borderline.html

https://aapel.org/bdp/BLborderquietFR.html

http://www.psychomedia.qc.ca/personnalite/qu-est-ce-que-le-trouble-de-la-personnalite-limite-borderline

http://www.psychomedia.qc.ca/troubles-personnalite/2010-01-14/trouble-de-la-personnalite-limite-borderline-des-medicaments-ont-ils-une-efficacite

http://www.psychomedia.qc.ca/troubles-personnalite/2010-01-14/trouble-de-la-personnalite-limite-borderline-des-medicaments-ont-ils-une-efficacite

https://www.planetesante.ch/Magazine/Psycho-et-cerveau/Borderline/Comment-apparait-le-trouble-de-la-personnalite-borderline

https://www.psychologies.com/Moi/Problemes-psy/Troubles-Maladies-psy/Articles-et-Dossiers/Borderline-des-cles-pour-comprendre

Emilie ou Emy, je suis une communicante bilingue passionnée par tout ce qui touche au créatif. Dessiner, peindre, écrire, photographier... c'est mon truc ! Ayant le trouble borderline ainsi que des troubles anxieux et m'intéressant à la psychophobie liée à ces troubles, je me suis mise à ouvrir les yeux concernant les diverses discriminations présentes et qui me touchaient directement : le sexisme et la grossophobie. A partir de là, je me suis rendue compte que d'autres oppressions systémiques avaient lieu et cela me semblant injuste, j'ai décidé de créer ce webzine afin de dire merde à toutes les idées reçues et surtout d'inciter à la réflexion. J'aspire à la bienveillance même si moi-même j'ai parfois tendance à m'échauffer face à certaines injustices. C'est cette ouverture d'esprit, cette bienveillance et cette acceptation de la différence que je souhaite mettre en avant.

5 Comments

  • Laurine

    merci beaucoup pour cet article, que je trouve très intéressant et très bien écrit!
    même si j’ai bien compris que les symptômes se manifestent de manière différente d’un malade à l’autre, pourrais-tu expliciter certains critères? Que veut dire l’instabilité affective ? Que signifie “les modes de relations interpersonnelles instables et intenses”? Et ce sentiment chronique de vide? Je suis désolée, sans doute que ça coule de source mais c’est quelque chose que j’ai toujours eu du mal à saisir :/ merci beaucoup <3

    • Emy

      Coucou Laurine !
      Merci énormément pour ton commentaire, ça me fait super plaisir 🙂

      Je vais définir comme moi je le vois (à travers des témoignages ou bien mon expérience) :
      Instabilité affective : J’ai tendance à mélanger l’instabilité affective avec les modes de relations interpersonnelles instables et intenses car pour moi c’était la même. Après des recherches, l’instabilité affective désigne nos changements d’humeur. La personne borderline peut passer d’un rire éclatant à un moment de colère qui va ensuite se transformer en moment dépressif puis anxieux (pas forcément comme ça dans ce même ordre mais c’est un exemple)… En fait vu qu’on réagit très intensément à tout, un moindre rien peut faire changer notre humeur du tout au tout. D’ailleurs c’est une des raisons pourquoi on est souvent comparé.e.s aux personnes bipolaires, sauf que contrairement aux bipolaires de type 1 et 2 nos “épisodes” durent quelques minutes, quelques heures voire quelques jours mais rarement plus.

      Modes de relations interpersonnelles instables et intenses : c’est le côté tout blanc ou tout noir qui ressort. Un coup tu idéalises, un coup tu dévalorises. En fait tu peux passer de la dépendance à un total dégoût d’une personne. Par exemple, le borderline s’entend super bien avec un.e ami.e et traîne quasi tout le temps avec cette personne. Un jour, cette personne va lui faire une remarque, parfois anodine, ou alors ne va pas réagir de la “bonne” façon (selon le borderline). Parfois même il s’agit de jalousie de la part du borderline pour x ou y raisons et du coup traîner avec cette personne sera très difficile émotionnellement. Alors la personne borderline va couper les ponts naturellement mais soudainement (“il ne m’intéresse plus”) ou alors d’une manière plus dure en se mettant à le détester car cette personne l’a blessé. A savoir que parfois un propos anodin peut être tourné et retourné dans nos esprits et finir d’une manière totalement erronée dans notre cerveau.

      – Sentiment chronique de vide : C’est le plus dur à expliquer et ce ne sera sûrement pas correcte à 100%. L’ennui arrive facilement et parfois il est dur d’y faire face. Une fois de plus, nos sentiments sont exacerbés et ce sentiment d’ennui se transforme en gros vide. Le sentiment de vide peut aussi se traduire par l’impression de ne rien ressentir (de positif ?), de se sentir plat, fade, d’avoir l’impression que la vie elle-même l’est. Très souvent ce sentiment est lié à la prise de drogues, sexualité à risque ou de crises de boulimie par exemple, il y a un besoin de sentir quelque chose, de sortir de la léthargie que la sensation de vide procure.

      Et comme tu vois ça coule pas de source car j’ai eu moi-même beaucoup de mal à définir ces termes avec des mots ! ^^

      Merci à toi <3

      • Laurine SLAIS

        merci sincèrement d’avoir pris le temps de me répondre! je n’avais pas vu ta réponse, c’est en triant mes mails que je me suis rendue compte que je l’avais ouvert par inadvertance.
        Tout est très bien décrit et expliqué, c’est très clair. Certaines choses résonnent beaucoup en moi, c’est perturbant !

        <3

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