Autres diktats

L’été, c’est relâche intellectuelle ?

Cette question est partie d’une observation.

Chaque année, aussi sûr que le bac en juin et Noël en décembre, on nous ressort la liste des livres de l’été. Il faut lire des livres légers et feel good car en cette période de l’année, on a pas envie de se prendre la tête.
Pourquoi ?
On ne peut pas vouloir des livres sérieux sur des sujets « lourds » ? Depuis quand la chaleur empêche de réfléchir ? Il y a des saisons pour lire ? Mystère…

Un livre d’été, c’est quoi ? C’est ce livre léger, sympa et qui se lit bien. Des caractéristiques qu’on aurait tendance à privilégier pendant l’été. Selon cet article du Monde, https://www.lemonde.fr/vous/article/2012/07/13/l-ete-je-m-attele-aux-livres-impossibles-a-lire-durant-l-annee_1733753_3238.html c’est le polar qui semble obtenir les faveurs des lecteurs.trices en cette période.
Mais à force de ressortir le même genre de livre chaque année, le risque, je trouve (mais j’ai peut-être tort), c’est de se retrouver avec des bouquins hyper prévisibles aux situations vues et revues et aux personnages caricaturaux. Mais personne n’est obligé de se plier à cette mode-là. Heureusement.

Les injonctions de la société

Déjà qu’en été on nous dit quelle image nous devons dégager : porter des vêtements colorés, un maquillage frais et léger, du vernis clair (le noir et le bordeaux, c’est réservé à l’automne et à l’hiver – va savoir pourquoi -), quel blockbuster aller voir au cinéma : Toy Story 4, Fast & Furious, Once upon a Time… in Hollywood, le Roi Lion etc, on voudrait encore nous dire quoi lire !

Arrêtez le marketing ! Lâchez-moi le cerveau !!!!!!
Lisons les livres que nous voulons, pas celui qu’il FAUT avoir lu, sinon on a raté sa vie. Se faire plaisir et faire de belles découvertes, c’est tout ce qui compte !

On est fatigué.e, on dégouline sur place et les entreprises profitent de notre torpeur pour nous vendre des régimes, des crèmes solaires ou des vêtements faits en Chine. Mais bon, il faut admettre que tout n’est pas à jeter : par exemple les grandes surfaces font des offres spéciales du style « 1 livre acheté 1 livre offert ».

Et pour le cinéma, les villes organisent souvent des séances en plein air gratuites.

Se déconnecter/ lâcher prise

Ce n’est pas parce que la chaleur nous rend léthargique que notre cerveau l’est forcément aussi.
Lâcher prise et se détendre ne veut pas non plus dire mettre son cerveau sur OFF.

Bon, heureusement en été certains des livres proposés permettent d’entretenir notre cerveau et éviter qu’il fonde comme une glace italienne au soleil : les cahiers de vacances, les cahiers de jeux, énigmes de culture générale etc…

Et du coup, pourquoi proposer des polars et romans d’amour en été et les « grands » livres en automne, au moment de la rentrée littéraire et des grands prix ?
Maintenant il y a des saisons pour lire ? Chaque thème et chaque genre sa saison ?

Comme la majorité des salarié.e.s prennent leurs congés en juillet-août et que cela représente le plus gros des actifs français, on sait que c’est le bon moment pour bombarder de contenu culturel pas très intéressant, ou pire, abrutissant ?

Ouvrir un livre, c’est entamer un voyage mental en compagnie de personnages, de lieux et en ressortir un peu changé.e. [Et fuir (un peu) la réalité, on ne va pas se mentir !] Je ne crois pas qu’il y ait de saison plus propice qu’une autre pour ça.

Pour moi, la lecture détente n’exclut pas la lecture qui fait réfléchir et inversement. On peut tout à fait vouloir lire des choses un peu compliquées (comme le classique qu’on a détesté au lycée et auquel on veut redonner une chance, ou un livre politique, un essai etc) ou bien lire des choses plus simples, avec un style plus fluide, des personnages proches de nous etc.

Mélanger les deux, c’est plutôt bien  :
– un livre tranquille, optimiste, humoristique pour déconnecter un peu son cerveau
– un livre qui demande un peu plus de réflexion

Entendu au parc de ma ville :
Un enfant à un autre enfant :« mais tu voulais voir de l’art contemporain alors qu’on est en vacances ? »

Pour moi, c’est mépriser ou mal connaître la culture que de dire qu’elle prend la tête. Il y a du choix pour tout le monde et parfois gratuitement.
Si on a du mal, un peut dans un premier temps partir de ce qu’on aime cinéma, musique, littérature etc et trouver des thèmes (amour, science-fiction, histoire…) qui nous plaisent et nous touchent. Par la suite, on peut commencer à s’aventurer hors de ses propres sentiers battus.

Mon copain qui n’aime pas trop lire a eu une révélation en lisant un auteur de SF, Philip K. Dick. Il a trouvé son compte avec des romans à la fois divertissants et qui posaient des questions philosophiques sur le réel, l’humain et la machine etc…

Un auteur que j’aime bien, Julien Blanc-Gras : un journaliste-reporter et écrivain au style ironique et plein d’humour sur des sujets de société pourtant graves comme le terrorisme ou les conséquences du réchauffement climatique.

En fin de compte, parce qu’on a pas tous et toutes envie de lire des romans d’amour bourrés de clichés sexistes, des magazines féminin remplis de dikats, ou le dernier best seller que tout le monde lit, et que l’été est idéal pour profiter de moments de détente et de disponibilité, ce peut être le bon moment pour ressortir tous les livres achetés dans l’année, puis enterrés dans un placard et oubliés.

Car on est pas obligé.e de se laisser abrutir / de suivre toutes les injonctions à la flemme cérébrale, voici une petite liste 100% subjective de bouquins, garantie mi-déconnexion de cerveau, mi-réflexion :

essais/ documents

1. Ovidie (texte) et Diglee (dessin et couleur), Libres ! Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels, Delcourt, 2017, 125p.
2. Elsa Fayner, Violences, féminin pluriel. Les violences envers les femmes dans le monde contemporain, J’ai Lu, 2006, 93p.
3. Simone de Beauvoir, Le deuxième sexe, I, Gallimard, 2015, 408p.
4. dir. Françoise Thébaud, Histoire des femmes en Occident. Le XXe siècle, Perrin, 2002, 751p.
5. Mona Chollet, Sorcières. La puissante invaincue des femmes, La Découverte, 2018, 228p.

récits (auto)biographiques
6. Marion Montaigne (texte et dessin), Dans la combi de Thomas Pesquet, Dargaud, 2018, 205p.
7. Coralie Trinh Thi, La voie humide, Au diable vauvert, 2007, 776p.
8 .Victoire Maçon Dauxerre, Jamais assez maigre. Journal d’un top model, J’ai Lu, 2018, 250p.

fiction
9. Emil Ferris (texte et dessin), Moi, ce que j’aime, c’est les monstres. Livre premier, Monsieur Toussaint Louverture, 2018, trad. de l’anglais (États-Unis) par Jean-Charles Khalifa, 416p.
10. Bernard Werber, Les Thanatonautes, Librairie Générale Française, 2011, 503p.
11. [en anglais] Charlotte Brontë, Jane Eyre, Penguin Classics, 2006, 521p.
12. J. R. R. Tolkien, Le Seigneur des Anneaux. Tome 1 La Fraternité de l’anneau, Christian Bourgois, 2014, trad. de l’anglais (Royaume-Uni) par Daniel Lauzon, 511p.
13. Chimamanda Ngozi Adichie, Americanah, Gallimard, 2014, trad. de l’anglais (Nigeria) par Anne Damour, 523p.
14. Stephen King, Carrie, Librairie Générale Française, 2010, trad. de l’anglais (États-Unis) par Henri Robillot, 282p.

N’hésitez pas à nous donner vos recommandations dans les commentaires, sur la page Facebook ou sur notre Instagram !

Hors Sujet : petite idée de jeu d’alcool pour l’été

→ Regarder les films James Bond
→ un cliché sexiste = un shot d’alcool

Bonne cuite.

Pour Goldfinger, j’en ai bu 11…

Bel été !


Fille curieuse, émotive, qui a constamment envie de découvrir et d’apprendre. Mes favoris internet ne forment qu’une liste interminable, sans rapport les uns avec les autres (si un peu quand même). Traductrice de l’anglais au français qui vit et respire littérature, en quête d’un contrat de traduction avec une maison d’édition. Je m’intéresse (liste non exhaustive) à l’écologie (végétarisme, relation des humains à la nature, consommation raisonnable, malbouffe, « zéro déchet »), au féminisme, aux injonctions sociales pesant sur tous et toutes, à l’affirmation de l’identité (égalité, respect et acceptation du corps, droits des LGBT, rejet du racisme, du sexisme et des phobies : LGBTphobie, grossophobie, glottophobie etc). Grande amatrice d’ironie et d’absurde (Monty Mython, Les Aventures d’Alice au pays des merveilles etc), passionnée par la diversité des accents anglophones et, de façon générale, par la manière dont les gens parlent.

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