TOCs,  Troubles anxieux

Vivre avec un trouble anxieux généralisé (TAG)

Les troubles anxieux forment une catégorie de troubles psychiques variés, qui ont pour point commun des réactions excessives et envahissantes de peur et d’inquiétude en l’absence de réelle menace – c’est ce qu’on appelle l’anxiété. Les plus connus sont les phobies (arachnophobie, agoraphobie, phobie sociale…) ; mais il existe aussi une forme d’anxiété diffuse, permanente et quotidienne, connue sous les noms d’Anxiété Généralisée ou Trouble Anxieux Généralisé (TAG). 

Shake Your Mind vous propose aujourd’hui d’en apprendre plus sur ce trouble, et de découvrir quelles astuces et solutions existent si vous cohabitez vous aussi avec ce trouble invalidant et épuisant…

Qu’est-ce que le TAG ? 

Comme évoqué plus haut, le TAG fait partie de la catégorie des troubles anxieux. Il s’agit donc d’une affection psychiatrique touchant aux réactions de peur et d’inquiétude de la personne atteinte. Reconnu et décrit dans le manuel diagnostique et statistiques des troubles mentaux (DSM), le TAG se distingue des autres troubles anxieux par plusieurs composantes discriminantes : 

• L’existence d’un état anxieux chronique et constant (appelé « attente anxieuse ») en l’absence de stimulus aversif identifiable 
• La persistance de l’attente anxieuse dans la durée (au moins 6 mois consécutifs) 
• De nombreuses manifestations somatiques, permanentes et/ou à répétition (tachycardie, tension élevée, pollakiurie, eczéma…) 

D’autres éléments sont également à prendre en compte afin de s’assurer qu’il s’agit bel et bien d’un TAG, notamment l’impact de l’anxiété sur le sommeil, sur le degré de fatigabilité ou encore sur les humeurs de l’individu. 

Les causes de ce trouble ne sont pas toutes identifiées pour le moment, mais il existe une composante génétique, comme c’est le cas pour les troubles bipolaires et la schizophrénie. Les expériences de vie de l’individu ont aussi un impact majeur sur le développement d’un TAG. En effet, les traumatismes, la maltraitance, l’usage de stupéfiants…sont des facteurs de risque de développer des troubles anxieux. 

Par ailleurs, parce qu’il est malheureusement encore nécessaire de le rappeler en 2019, insistons ici sur un point : le TAG, au même titre que les autres affections psychiatriques, est une vraie maladie. En l’occurrence, les troubles anxieux sont liés à des dysfonctionnements spécifiques du système nerveux central, qui affectent les réactions de peur et de stress. Une personne souffrant de TAG présente un véritable problème de santé. Il ne s’agit en aucun pas d’un caprice ou d’un « petit passage à vide » ! 

Il est estimé que, sur la durée moyenne d’une vie, la prévalence du TAG atteindrait environ 6%. Selon les statistiques, les femmes cisgenres et personnes AFAB sont deux fois plus nombreuses à en souffrir que les hommes cisgenres et personnes AMAB. 

Quels impacts dans la vie quotidienne ? 

Vivre avec un TAG a de nombreuses répercussions sur la vie quotidienne, pouvant aller d’un épuisement chronique à une difficulté à rester en bonne santé globale. On pourrait classer ces impacts en plusieurs catégories… 

1- Les répercussions somatiques 

La somatisation étant une composante majeure du TAG, il en découle des difficultés spécifiques, plus ou moins invalidantes en fonction de la personne : douleurs dues à des crispations musculaires permanentes, usure des dents suite à du bruxisme, modification de la fonction digestive via des diarrhées ou de la constipation à répétition, vertiges, manifestations cutanées comme l’eczéma… Ces troubles somatiques peuvent nécessiter leur propre prise en charge, comme de la kinésithérapie pour soulager les tensions musculaires permanentes, ou la réalisation d’une gouttière pour limiter les dégâts causés par le bruxisme sur la dentition. Il en résulte alors un besoin plus ou moins fréquents de soins, et de possibles traitements médicamenteux à intégrer au quotidien. 

2- Les répercussions émotionnelles 

Vivre dans un état anxieux constant a bien évidemment un impact émotionnel majeur sur la personne concernée : fatigue accrue, plus grande irritabilité, patience diminuée, des difficultés à conserver un état émotionnel positif dans la durée… Il devient aussi très difficile de ressentir pleinement la joie et l’excitation de certains évènements heureux (mariage, naissance, fête…), car l’anxiété agit comme un filtre déformant qui isole partiellement la personne de la réalité et qui teinte toute l’expérience de vie d’un voile d’inquiétude. Ce filtre peut aussi rendre certains choix de vie très difficiles à faire, même dans le cas où la personne aurait envie de franchir le cap : par exemple, se marier ou acheter une maison, même en le voulant sincèrement, peut exacerber les manifestations quotidiennes du TAG. 

3- Les répercussions sociales 

Conséquence directe des effets émotionnels du TAG, la vie sociale s’en retrouve impactée. Il est non seulement plus difficile de socialiser en étant dans un état anxieux permanent, mais il est également compliqué de conserver des amitiés lorsque l’on souffre régulièrement d’attaques de panique, de sautes d’humeur, de fatigue chronique et de difficultés à apprécier pleinement le moment présent. Conserver un emploi relève de la gageure, d’autant plus si l’on prend en considération les somatisations – aller aux toilettes toutes les heures, présenter des plaques d’eczéma visibles du public, ou être fréquemment en arrêt maladie, ne sont pas des attitudes jugées acceptables dans le monde du travail… Il en résulte un taux de chômage élevé chez les personnes présentant un TAG. 

4- Les répercussions comportementales et organisationnelles 

Parce qu’un trouble psychique est rarement isolé, le TAG s’accompagne très souvent de comorbidités et d’atteintes comportementales : phobies, SSPT (syndrome de stress post- traumatique), addictions, TCA (troubles du comportement alimentaire), TOC (troubles obsessionnels et compulsifs) et rituels stricts, comportements autodestructeurs, troubles de la fonction exécutive… Ces problématiques sont généralement dues à une tentative inconsciente d’échapper à l’anxiété (addiction, usage de stupéfiants, auto-violence…), ou bien à une tentative pour rendre l’environnement plus prédictible et ainsi plus sécurisant (développement de rituels et de TOC, contrôle excessif de son propre corps…). Il peut en résulter une organisation rigide, inflexible du quotidien, par exemple via le besoin de toujours se rendre aux mêmes endroits, la peur de fréquenter des lieux inconnus… L’inverse est aussi possible : la personne atteinte peut être incapable de s’organiser et de gérer les tâches qu’elle doit accomplir, car n’ayant pas l’énergie ni la concentration nécessaires (son système nerveux est accaparé en permanence par la gestion de l’anxiété). Certes, le tableau brossé ici est loin d’être optimiste…Mais sachez qu’il existe cependant des solutions et des astuces permettant de mieux vivre au jour le jour avec un TAG. Avoir des troubles anxieux n’est pas forcément un frein à la construction d’une vie épanouie, surtout pour qui possède les bons outils de gestion de sa maladie.

Quelle prise en charge ? 

Avant toute chose, il faut clarifier un point important : le TAG en lui-même ne se « soigne » pas. Cela signifie qu’aucun traitement ni aucun médicament ne pourra le faire disparaître comme par magie. On estime, grâce à certaines études sur plus de 20 ans, que seulement 10% des personnes prises en charge pour un TAG verront leurs symptômes disparaître totalement. La plupart des patients connaissent plutôt une amélioration des symptômes avec des phases de rémission et au contraire d’exacerbation, en fonction de leurs expériences de vie et de leur état de santé. 

Cette clarification n’a pas pour but de décourager les personnes atteintes, mais de les aider à accepter leur condition et à fixer des objectifs réalisables de prise en charge : s’il est inutile de viser la disparition total du TAG, il est réaliste de vouloir en diminuer l’intensité quotidienne, de vouloir améliorer la sévérité des symptômes, etc. 

Pour cela, plusieurs pistes s’offrent aux personnes concernées : 

Les aides médicamenteuses 

Il vaut mieux ici parler d’aide que de traitement, car aucun médicament ne peut « traiter » le TAG pour le faire disparaître. Mais il est possible d’utiliser certaines molécules pour aider l’individu à mieux vivre au quotidien. Le choix se porte généralement sur un anxiolytique ou un anti-dépresseur. Même si elle ne « guérit » pas l’anxiété, la prise d’un médicament peut se révéler très utile pour stabiliser les symptômes et accompagner la prise en charge comportementale. Evidemment, il ne s’agit pas de bonbons, et nous vous encourageons à respecter scrupuleusement les consignes de votre médecin ! 

La psychothérapie 

La psychothérapie, de préférence basée sur des connaissances en neurobiologie plutôt que sur la psychanalyse (que l’on sait aujourd’hui totalement dépassée par les connaissances en médecine du système nerveux), s’avère très utile lorsque le TAG est associé à des traumatismes et à des comorbidités. Il est alors possible de parler des traumatismes liés, de les soulager, d’explorer les liens entre le TAG et ses comorbidités afin d’améliorer de possibles TOC, TCA… Il est recommandé de plutôt s’adresser pour cela à un médecin psychiatre, qui pourra ainsi prescrire une aide médicamenteuse en complément de la psychothérapie si votre situation l’exige. 

L’EMDR, l’EMT, l’hypnothérapie… 

Sans rentrer dans les détails compliqués du fonctionnement de ces méthodes, il s’agit de techniques thérapeutiques basées sur la façon dont le cerveau traite naturellement et spontanément les évènements stressants et/ou traumatiques. Le patient est invité à revenir sur des évènements douloureux, anxiogènes, traumatisants…en présence du thérapeute, qui va intervenir pour aider le système nerveux à traiter et à archiver efficacement ces données stressantes et douloureuses. Il en résulte une diminution, voire la disparition, des réponses anxieuses liées à l’évènement en question. 

Ces méthodes sont extrêmement efficaces dans le cas d’un TAG lié à des traumatismes et/ou à un SSPT – quelques séances peuvent suffire à régler plusieurs années de phobie ou de SSPT, améliorant ainsi grandement le confort de vie de la personne en permettant la diminution de l’intensité du TAG. 

Les méthodes de relaxation, la pleine conscience, le grounding… 

Ces différentes méthodes sont applicables par le patient au quotidien, sans besoin d’une aide médicale extérieure. Elles consistent toutes à diminuer l’intensité de l’état anxieux par un recentrage actif sur soi-même. Si la relaxation emploie généralement de la musique et des techniques de respiration contrôlée, la pleine conscience utilise la proprioception (la conscience de son propre corps et de ses sensations corporelles), alors que le grounding aura pour but de rétablir un lien avec l’ « ici et maintenant » via l’observation de l’environnement et le stimming (comportements d’auto-stimulation). Toutes ces méthodes peuvent être expérimentées afin de trouver celle qui convient le mieux à la situation en cours. Il existe même des applications mobile dédiées, gratuites et disponibles sur tous les supports : Calm, Sanvello, Stop Breathe and Think… 

Si vous pensez souffrir d’un TAG, ou d’une autre forme de trouble anxieux, et que vous souhaitez entamer une démarche de prise en charge, la première chose à faire est d’observer et de noter scrupuleusement vos symptômes et l’impact qu’ils ont sur votre quotidien. Si possible, essayez de tenir un journal pendant quelques semaines. Il vous sera ainsi plus facile d’avoir accès à un diagnostic avec un psychiatre compétent, car vous apporterez avec vous des preuves de ce que vous vivez. En parallèle, pensez à consulter un annuaire de thérapeutes EMDR et/ou d’hypnothérapeutes, car ces professionnels peuvent être d’un grand secours pour diminuer de manière rapide et efficace l’intensité de vos symptômes et vous aider à régler un SSPT ou un traumatisme lié.

Apprendre à vivre avec : quelques astuces 

Je brise ici le quatrième mur pour partager avec vous quelques astuces que je trouve personnellement très pratiques, en tant que personne vivant depuis trois décennies avec un TAG. Mon cas de figure n’est certes pas universel et chaque personne est différente, alors n’hésitez pas à expérimenter et à tester différentes idées pour découvrir ce qui vous aide ! Même si le sujet de l’anxiété ne prête pas forcément à rire, je vous offre ici un petit trait d’humour à travers mes « Sept Commandements pour vivre avec l’anxiété » ! 

Sans jugement, ta condition tu accepteras 

Le premier pas vers une meilleure gestion de n’importe quel trouble psychiatrique est l’acceptation de soi. Il faut pour cela regarder les choses telles qu’elles sont, ne pas se voiler la face, et oublier toute forme de jugement envers soi-même. Vous vivez avec un trouble anxieux, c’est une réalité. Il n’y a rien de mal ni rien de honteux à avoir un trouble anxieux ; pas plus qu’il n’est honteux d’être diabétique ou allergique aux carottes. Ne vous rebellez pas contre ce fait, acceptez-le

De personnes bienveillantes, tu t’entoureras Accepter sa condition passe souvent par un diagnostic, une annonce aux proches, et une redéfinition de ce que vous attendez de votre cercle social. Ainsi, les personnes qui se moqueraient de vous, invalideraient votre situation ou vous donneraient des conseils stupides (le fameux « Bouge-toi les fesses et ça ira mieux ! ») ne méritent pas de faire partie de votre entourage. Entourez-vous de gens qui vous acceptent et vous soutiennent non pas malgré votre anxiété, mais avec votre anxiété ! 

Face à l’anxiété, seul-e tu ne resteras pas Lorsque l’anxiété devient trop envahissante, faites en sorte de ne jamais rester seul-e. Appelez un-e ami-e, allez voir un-e collègue à la photocopieuse allez vous assoir à la terrasse d’un café – quoi que vous fassiez, ne restez pas isolé-e ; car cela aggravera vos symptômes et cela risquerait de se transformer en spirale infernale. 

Identifier les symptômes d’une crise de panique, tu apprendras Bien que cela soit difficile quand la situation se présente, l’auto-observation lors d’une attaque de panique permet ensuite de mieux anticiper la prochaine crise. Il devient ensuite possible de se calmer suffisamment tôt pour ne pas vivre une attaque complète, avec un peu d’entraînement. 

Contrôler ta respiration, tu t’efforceras Lors d’un état anxieux aigu, le système nerveux finit par tourner en boucle : la respiration devient saccadée afin de permettre la fuite (« je ne suis pas en sécurité, je dois vite partir »), et cette fréquence respiratoire élevée entretient l’illusion d’une situation dangereuse (« si je respire aussi vite, c’est que je ne suis toujours pas en sécurité »). Apprendre à contrôler sa respiration pour éviter qu’elle ne s’affole peut faire la différence entre un pic passager d’anxiété et une énorme attaque de panique. 

Des affirmations positives, tu liras De nombreux artistes et auteurs anxieux proposent des listes d’affirmations positives, à lire et à télécharger pour les moments difficiles. Si certaines personnes n’y verront aucun intérêt, d’autres y trouveront du réconfort et une forme d’empowerment qui peuvent être utiles pour désamorcer une crise. Je recommande chaudement les affirmations illustrées de The Latest Kate

Du temps pour toi, tu prendras Plus facile à dire qu’à faire, certes, mais prendre du temps pour vous reposer, vous relaxer, vous faire plaisir et vous amuser fait aussi partie intégrante de la prise en charge de votre TAG ! Cela permet d’accumuler de l’énergie et des expériences positives, deux choses très importantes pour contrebalancer les émotions négatives liées à l’anxiété. 

S’il complique le quotidien et amène des obstacles dont on se passerait bien, le TAG ne nous empêche pas de mener une vie heureuse : en apprenant à le connaître, à le comprendre et à vivre avec lui plutôt que contre lui, il devient possible de profiter de la vie ! Si vous pensez être concerné-e, soyez fort-e, acceptez-le et faites le nécessaire pour démarrer une prise en charge. Votre vie n’en deviendra que meilleure ! 



Électron libre et rebelle dans l'âme, j'ai décidé de prendre la plume comme on prend les armes. Autiste, HPI, féministe et antispéciste (entre autres), je me veux tempête bienveillante face à la mer d'huile de la cruauté humaine. Par ma participation au webzine, j'espère sensibiliser les possibles allié-es, et prouver aux concerné-es qu'iels ne sont pas seul-es. J'anime également un blog francophone consacré à la neurodiversité, intitulé Autistiquement.

3 Comments

  • josette boulet

    bonjour ,j’ai 69 ans et des troubles comportementaux depuis longtemps,je voudrais vivre mieux,suivie par un psychiatre

    depuis tres longtemps,ma mere a perdu la memoire en me mettant au monde est restee dans un hopital psychyatrique 14 mois et

    moi dans une pouponniere aidez-moi à m’en sortir,merci,josette boulet j’habite marseille(france)

    • Tempête

      Bonsoir,
      Je ne connais pas la communauté médicale de Marseille ; mais je vous conseille de parler de votre situation à votre médecin généraliste. Il/elle pourra vous conseiller un praticien dans votre région.
      Si toutefois, votre généraliste ne vous conseillait personne, vous pouvez aussi faire la démarche de contacter un psychiatre de votre côté. Vous serez remboursée même sans être passée par un généraliste. Une recherche sur Internet, par exemple sur le site de la sécurité sociale (http://annuairesante.ameli.fr) vous aidera à trouver un praticien proche de chez vous.
      Dans tous les cas, avoir conscience de votre problème est déjà le 1er pas vers une amélioration ! Courage et bonne continuation à vous 🙂

    • Emy

      Bonjour Josette !
      Tempête vous a très bien répondu ! Je rajouterai que pour une prise de rendez-vous plus simple/rapide pour vous vous pouvez prendre rendez-vous en ligne avec un psychiatre de Marseille. Voici le lien : https://www.doctolib.fr/psychiatre/marseille
      Vous avez juste à choisir le plus proche de chez vous (ou celui qui vous inspire le plus confiance) 🙂

      Bonne journée à vous et tout plein de courage !

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