Dépression

Douleurs chroniques et dépression

De la fibromyalgie, à la sclérose en plaque en passant par le Lupus et la maladie de Lyme, ces maladies ont toutes en commun le fait de se manifester entre autres par des crises de douleurs chronique. Alors que certaines d’entre elles sont depuis longtemps sur le devant de la scène, d’autres font seulement leur apparition dans notre répertoire. Plus que d’affaiblir le corps, ces douleurs ont un impact considérable sur la santé mentale des personnes qui en sont atteintes. En tâchant de vous en expliquer les tenants et les aboutissants, je vais développer ici de manière relativement brève les liens entre la douleur chronique et la dépression.

L’Association internationale d’étude de la douleur la décrit comme étant une Expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, associée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle ou décrite en des termes évoquant une telle lésion. Cette définition met l’accent sur les différents aspects que peut revêtir la douleur : émotionnelle, sensorielle mais également des influences capables de moduler cette expérience humaine subjective à savoir les dimensions psychologique et environnementale. 

De manière générale, nous pouvons distinguer deux types de douleurs : la douleur aigüe (commune, transitoire et à visée adaptative et d’alerte) et la douleur pathologique (résultat d’un trouble cognitif ou d’une cause inconnue).

Ici nous nous intéressons particulièrement à la pathologie qu’est la douleur chronique, et à la lumière de la littérature scientifique nous tâcherons de mettre en exergue les comorbidités qui existent avec la dépression.

Douleur chronique 
On parle de douleur chronique lorsque celle-ci dure plus de trois à six mois et est résistante aux traitements proposés. Ils existent trois genres de douleurs chroniques : 
1.      L’excès de nociception : un surplus, excès d’influx nerveux dans le cerveau.
2.      La douleur neurogène : résultat d’une zone cérébrale lésées.
3.      La douleur pathogène : douleurs dont l’origine ou la nature n’a pas pu être établie. 

La dépression
La dépression est un trouble mental qui d’après le DSM-V est une somme des symptômes suivant :
·        Tristesse extrême
·        Apathie 
·        Trouble du cycle veille sommeil
·        Ralentissement moteur
Ces symptômes affectent les relations sociales et se traduisent par une souffrance du sujet.
Les possibles origines de la dépression sont diverses et variées :       psychopathologiques, biologiques, environnementales, chimiques, (bien que exclues de la description actuelle du DSM-V).

Douleur et Coping

Selon le modèle de stress transactionnel de Lazarus et Folkman, nous réagissons à la douleur de manière plus ou moins adaptée grâce à des stratégies de gestion appelées « coping » qui peuvent s’avérer être effectives (distraction, relaxation ; méditation) ou dysfonctionnelles. 

La dramatisation

Il s’agit d’un type de coping dysfonctionnel qui plutôt que de permettre au sujet de faire face à la douleur va surestimer la douleur et son impact sur l’individu. Il ne se sent pas capable d’y faire face, elle est trop importante pour lui. 

Une dramatisation de la douleur peut créer une peur du mouvement, et une baisse d’estime de soi qui aura pour effet d’altérer les rapports sociaux.

Douleur chronique et impact sur l’organisme

La douleur chronique contrairement à la douleur dite aiguë est dysfonctionnelle puisqu’elle ne sert pas de signal d’alarme à l’organisme. 

Au quotidien notre corps est en proie à différents facteurs capables de modifier notre état de conscience. 

La chronicité et la persistance de cette douleur la rend agressive pour l’organisme et fait d’elle une source de stress quotidienne. Ce trouble met l’organisme à rude épreuve en le plongeant dans un état d’alerte constant, le patient anticipe, et appréhende la douleur. 

Douleur et dépression

Les travaux de Kroenke et al. ont permis d’établir une corrélation positive entre douleur chronique et dépression. On compte 2,5 plus de chances de dépression chez un douloureux chronique par rapport aux chiffres de la population générale. Quels sont les liens et comorbidités existants entre ces deux troubles ?

Nous avons pu mettre en exergue les effets de la douleur et des stratégies de gestions de la douleur sur l’organisme. Et, bien que les chiffres s’accordent sur l’interdépendance entre les deux troubles, nous nous intéresserons uniquement à l’influence de la douleur chronique sur le trouble dépressif.

Le sommeil

Les douloureux chroniques rapportent un trouble du rythme sommeil veille du fait du stress auquel ils sont en proie au quotidien. Or, il a été démontré que le respect de ce cycle et le respect d’une horloge biologique permettait de préserver une santé mentale « saine » notamment dans le cas de la dépression, ou le manque de sommeil impacterait la fréquence, la sévérité et la durée des épisodes dépressifs. 

Estime de soi et rapports sociaux

Le douloureux chronique est fragilisé non seulement d’un point de vu organique mais également psychique. Lorsque la douleur se prolonge et que la médication semble “ineffective”, le patient voit sa capacité à gérer la souffrance remise en cause ; ce à quoi vient s’ajouter le caractère subjectif de la douleur. Du fait de sa singularité, la douleur ne peut être exprimée ou partagée avec autrui de manière fidèle. Une mauvaise interprétation de la douleur biaise la capacité d’autrui à éprouver de la compassion et faire preuve d’empathie à l’égard du douloureux chronique. 

Par crainte du jugement d’autrui mais également afin de se préserver le patient s’exclut. Or les travaux de Lazarus et Folkman, mettent l’accent sur le fait que les médiateurs externes et internes modelaient la capacité du patient à mettre en place une stratégie de « coping » adaptée. Peu à peu, le sujet active le mécanisme endogène de la douleur et de la dépression.

Figure 1. Variables médiatrices de la relation entre douleur et dépression
Il est indéniable que la dépression et la douleur chronique entretiennent des liens de comorbidités. La douleur fragilise le corps et l’esprit, elle use les ressources de l’individu et permet la manifestation de trouble dépressif. Des études ont également prouvé que la dépression pouvait altérer la perception et la transmission du message douloureux. Nous savons que la dépression induit un biais attentionnel pouvant maintenir le patient dans un état de torpeur et de tristesse constant qui pourrait aussi nuire à la mise en place de stratégie de coping adaptées.  Ces deux pathologies semblent mutuellement s’entretenir grâce au cercle vicieux de la douleur dont il est important d’extraire le patient par un traitement physiologique mais surtout un suivi psychologique.
Figure 2. “Le cycle de la douleur” (source : www.sterlingcare.com)

Références 

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Je suis une étudiante en psychologie (neuropsychologie tout particulièrement). Ayant fait l'expérience de troubles du comportement alimentaire, d'anxiété et de dépression, j'ai souhaité comprendre le comportement et la nature humaine. J'espère pouvoir vous faire part de mes recherches, trouvailles et que mon vécu viendra appuyer mes articles et vous aider.

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